Dix-sept muscles, sept ans d’espérance de vie en plus, le stylo entre les dents : le sourire est le sujet de bien-être sur lequel circulent le plus de chiffres invérifiables. Dix affirmations pour faire le tri.
Nous republions ce quiz dans une version entièrement revue. La version d’origine reprenait plusieurs affirmations qui ne résistent pas à la vérification, dont deux études devenues célèbres et qui, depuis, n’ont pas été répliquées. Nous les avons remplacées, et nous expliquons pourquoi.
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Comment fonctionne ce quiz
Dix affirmations, vrai ou faux. Cliquez sur votre réponse : elle se corrige aussitôt et l’explication apparaît avec sa source. Votre score s’affiche à la fin, en entier et gratuitement, sans inscription.
0 / 10 questions
Question 1 sur 10
Il faut dix-sept muscles pour sourire et quarante-trois pour froncer les sourcils.
Faux, et personne ne sait d’où viennent ces chiffres. Il n’existe aucun décompte anatomique officiel : le nombre de muscles mobilisés dépend du type de sourire, de son intensité et de l’individu, et les anatomistes qui se sont penchés sur la question donnent des résultats très différents. La formule est un slogan, pas une donnée.
Question 2 sur 10
Sourire volontairement peut légèrement améliorer l’humeur.
Vrai, mais l’effet est modeste. La méta-analyse de Coles, Larsen et Lench, publiée en 2019, conclut que les effets du retour facial sur le vécu émotionnel sont « faibles et variables ». Autrement dit : sourire pousse l’humeur d’un cran, cela existe et c’est mesurable, mais cela ne transforme pas une mauvaise journée.
Question 3 sur 10
La célèbre expérience du stylo tenu entre les dents a été confirmée sans difficulté.
Faux, et c’est l’un des grands épisodes de la crise de la reproductibilité en psychologie. L’étude d’origine date de 1988. En 2016, une tentative de réplication menée simultanément dans dix-sept laboratoires n’a pas retrouvé le résultat. Le débat n’est pas clos, mais l’expérience ne peut plus être citée comme une démonstration acquise.
Question 4 sur 10
Il a été démontré que les gens qui sourient sur les photos vivent en moyenne sept ans de plus.
Faux. Une étude de 2010, portant sur des photos de joueurs de baseball, avait avancé cet écart, et le chiffre a fait le tour du monde. Une réplication publiée en 2018, sur un échantillon bien plus large, n’a retrouvé aucun lien entre l’intensité du sourire et la longévité. Le chiffre de sept ans continue pourtant de circuler partout.
Question 5 sur 10
Le sourire sincère se reconnaît au fait qu’il plisse le contour des yeux.
Vrai. C’est ce qu’on appelle le sourire de Duchenne, du nom du neurologue français Duchenne de Boulogne, qui décrivit au XIXe siècle la différence entre un sourire commandé et un sourire spontané. Le premier ne mobilise que la bouche, le second engage aussi le muscle orbiculaire de l’œil, beaucoup plus difficile à contracter volontairement.
Question 6 sur 10
Le principal muscle du sourire s’appelle le risorius.
Faux, et c’est un piège classique. Le risorius existe bien et son nom vient du rire, mais le muscle qui produit le sourire est le grand zygomatique, qui tire les commissures vers le haut et l’arrière. Le risorius, lui, étire la bouche latéralement, ce qui donne plutôt une grimace qu’un sourire.
Question 7 sur 10
Le sourire est compris de la même façon dans toutes les cultures.
Faux, du moins pas entièrement. La reconnaissance de l’expression est très largement partagée, mais son usage social varie beaucoup. Sourire à un inconnu dans la rue est banal dans certains pays et déplacé dans d’autres, et le sourire peut aussi bien signaler la gêne, l’excuse ou la déférence que la joie.
Question 8 sur 10
Les bébés sourient avant d’avoir appris à imiter les adultes.
Vrai. Les premiers sourires apparaissent dès les premières semaines, y compris pendant le sommeil, avant tout apprentissage social. Des enfants nés aveugles sourient également, ce qui a longtemps servi d’argument pour considérer l’expression comme innée plutôt qu’imitée.
Question 9 sur 10
Voir quelqu’un sourire déclenche une tendance à sourire en retour.
Vrai, et cela se produit très vite, souvent avant toute décision consciente. On parle de mimétisme facial : le visage reproduit spontanément, de façon minuscule, l’expression qu’il observe. C’est l’un des mécanismes les mieux établis de tout ce qui touche au sourire, bien plus solide que les effets sur l’humeur ou la longévité.
Question 10 sur 10
Le sourire fait baisser le taux de cortisol de façon prouvée.
Faux, en tout cas pas au sens où on le prétend. Il existe des travaux montrant une récupération plus rapide après un stress chez des participants tenant une expression souriante, mais sur de petits effectifs et avec des résultats inégaux. Présenter le sourire comme un régulateur hormonal validé va bien au-delà de ce que les données permettent.
😊 Vos réponses évoquent quelques idées reçues à revoir
Plusieurs affirmations très répandues vous ont paru justes, ce qui est parfaitement logique : elles sont reprises depuis des années par des magazines, des conférences et des articles de bien-être. Les deux plus tenaces sont les dix-sept muscles et les sept ans d’espérance de vie, et aucune des deux ne tient.
Relisez les explications au-dessus, elles remettent les compteurs à zéro en cinq minutes.
🙂 Vos réponses évoquent un bon esprit critique
Vous n’avalez pas tout, et vous avez repéré la plupart des exagérations. Il vous reste surtout les nuances : ce qui est solidement établi sur le sourire, comme le mimétisme facial, et ce qui repose sur des études fragiles ou non répliquées.
La distinction vaut d’être retenue, elle s’applique à beaucoup d’autres sujets de développement personnel.
⭐ Vos réponses évoquent une vraie rigueur sur le sujet
Vous connaissez le sourire de Duchenne, le grand zygomatique, et surtout vous savez que plusieurs des chiffres les plus cités ne résistent pas à une réplication. C’est exactement le point que la plupart des articles omettent.
Le sourire reste utile et contagieux. Il n’a simplement pas besoin d’être vendu avec des promesses fausses.
Vos réponses ne sont ni envoyées ni enregistrées. Le calcul se fait entièrement dans votre navigateur, et tout disparaît dès que vous fermez la page.
Pour aller plus loin
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Pourquoi ces chiffres circulent-ils autant ?
Parce qu’ils sont beaux et faciles à retenir. « Sourire ajoute sept ans de vie » se répète en conférence, s’imprime sur une affiche et se partage sans effort. La correction, elle, est ennuyeuse : l’étude portait sur cent quatre-vingt-seize photos de joueurs de baseball, elle était corrélationnelle, et une réplication plus large n’a rien retrouvé.
Un résultat spectaculaire publié une fois n’est pas un fait acquis. Un résultat modeste confirmé plusieurs fois, si. C’est la principale leçon de ce quiz, et elle vaut bien au-delà du sourire.
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Ce qui tient vraiment
Le mimétisme facial. Voir un sourire en déclenche un, très vite et sans décision consciente. Le sourire de Duchenne. Le plissement du coin des yeux distingue le sincère du poli, et il ne se commande pas. Un petit effet sur l’humeur. Réel, mesurable, modeste.
Ce que cela ne remet pas en cause
Rien de tout cela n’enlève quoi que ce soit au sourire. Il reste l’un des signaux sociaux les plus puissants dont nous disposons, il se transmet, il change le ton d’un échange en une fraction de seconde, et il ne coûte rien.
La seule chose qui change, c’est l’argumentaire. Le sourire n’a pas besoin d’être vendu comme un médicament pour valoir la peine, et la promesse exagérée finit toujours par se retourner contre le message qu’elle sert.
Sourire rend-il vraiment plus heureux ?▼
Un peu, et moins que ce qu’on raconte. La méta-analyse de référence, publiée en 2019, parle d’effets « faibles et variables ». Sourire ne répare pas une journée difficile, mais l’effet existe et il est mesurable.
D’où vient le chiffre des dix-sept muscles ?▼
De nulle part d’identifiable. Aucun décompte anatomique de référence ne donne ce nombre, et les chiffres cités varient énormément selon les sources. C’est une formule de conférence devenue une évidence par répétition.
Qu’est-ce qu’un sourire de Duchenne ?▼
Un sourire spontané, qui engage à la fois la bouche et le muscle du contour de l’œil. C’est ce plissement du coin des yeux qui distingue un sourire sincère d’un sourire de politesse, et il est très difficile à produire sur commande.
Alors, faut-il arrêter de sourire ?▼
Évidemment non. Le mimétisme facial est l’un des effets les mieux établis : un sourire en déclenche un autre, et cela change la qualité d’un échange. C’est déjà beaucoup, et cela n’a pas besoin d’être exagéré pour être vrai.
Mes réponses sont-elles enregistrées ?▼
Non. Le score est calculé dans votre navigateur, rien n’est transmis ni conservé, et aucune adresse email n’est demandée pour voir le résultat.
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Partagez votre expérience
Vous avez une histoire inspirante, un conseil qui a changé votre vie ou une ressource que vous adorez ? On veut tout savoir.
Coles, Nicholas A., Larsen, Jeff T. et Lench, Heather C. 2019. A meta-analysis of the facial feedback literature: Effects of facial feedback on emotional experience are small and variable. Psychological Bulletin, 145(6).
Wagenmakers, Eric-Jan et al. 2016. Registered Replication Report: Strack, Martin, & Stepper (1988). Perspectives on Psychological Science, 11(6).
Dufner, Michael et al. 2018. Does Smile Intensity in Photographs Really Predict Longevity? A Replication and Extension of Abel and Kruger (2010). Psychological Science, 29(1).
Abel, Ernest L. et Kruger, Michael L. 2010. Smile Intensity in Photographs Predicts Longevity. Psychological Science, 21(4).
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