Pourquoi on ne part pas d’une relation d’emprise (la vraie raison)

« Moi, je serais partie tout de suite. » C’est la phrase que les victimes entendent le plus, et c’est la plus injuste. Si vous vous demandez pourquoi on ne part pas d’une relation qui fait souffrir, la réponse n’est pas la faiblesse, ni le manque d’amour de soi. C’est un piège psychologique puissant, documenté par les spécialistes du trauma.

Comprendre ce piège, c’est arrêter de juger, et commencer à aider vraiment.

Si ce sujet me touche, c’est que juger « moi je serais partie » fait tellement de mal. On ne quitte pas une emprise comme on claque une porte : on s’en libère, un pas après l’autre.

Catherine Testa, fondatrice de L’Optimisme

Le fait qui renverse tout : partir est le moment le plus dangereux. La plupart des drames conjugaux surviennent au moment de la séparation ou juste après. Rester n’est donc pas de la lâcheté : c’est parfois une stratégie de survie.

L’espoir, entretenu par le cycle

Dans une relation d’emprise, la violence n’est pas continue : elle alterne avec des moments de tendresse. Après la crise vient la « lune de miel » : excuses, cadeaux, promesses. Ce retour de l’être aimé du début ravive l’espoir qu’il va changer. C’est précisément cet espoir, décrit par la psychothérapeute Anne-Clotilde Ziegler, qui retient : on ne quitte pas l’homme qui frappe, on reste pour celui qui redevient doux. Ce cycle est le cœur de l’emprise d’un pervers narcissique.

Ce que fait le cerveau : sidération et dissociation

Face à une violence répétée, le cerveau se protège. La psychiatre Muriel Salmona décrit une réaction en chaîne : d’abord la sidération (on se fige, on n’arrive plus à réagir), puis la dissociation (une anesthésie émotionnelle qui met à distance la douleur). Ces mécanismes de survie brouillent le jugement et la capacité de décider, tant qu’on n’a pas mis de distance physique. Ce n’est pas « être faible » : c’est le cerveau qui encaisse.

À retenir : plus la maltraitance a été fréquente et grave, moins la personne a les moyens psychologiques de partir. C’est l’inverse de ce que l’on croit.

Les autres pièges qui retiennent

Le ferrage

Un bail, un mariage, des enfants : des liens pris dans l’élan amoureux qui deviennent un piège concret.

La honte

La honte d’être resté fait taire, et le silence prolonge l’emprise.

L’isolement

Coupé de ses proches, on n’a plus personne vers qui se tourner.

La culpabilité

On se croit responsable de la violence, ou de ce qu’il deviendrait sans nous.

La dépendance

Financière, administrative, matérielle : partir semble impossible en pratique.

« Parce que je l’aime »

L’amour est réel, et c’est ce qui rend la décision si déchirante.

Et souvent, partir n’est pas un événement mais un processus : on quitte, on revient, on repart. Ces allers-retours ne sont pas des échecs, ce sont des étapes. Si le doute persiste, relisez les signes d’une relation toxique.

Comment aider quelqu’un qui n’arrive pas à partir

Écoutez sans juger et sans donner d’ultimatum (« si tu ne pars pas, je ne t’aide plus »).
Rappelez-lui, simplement, que ce n’est pas sa faute et que vous restez là.
Orientez vers des ressources : le 3919, une association, un psychologue.
Ne coupez pas le lien de dépit : rester joignable, c’est parfois ce qui sauve.

Ce qu’il faut retenir

On ne part pas d’une relation d’emprise parce qu’on est retenu par l’espoir, par le cerveau, par la honte et par mille liens concrets. Le comprendre, c’est cesser de juger et devenir un vrai soutien. Et pour la personne concernée : si vous n’êtes pas encore partie, ce n’est pas un défaut. C’est que le piège est puissant. On s’en libère, un pas après l’autre, souvent avec de l’aide.

Ne pas être encore partie n’est pas une faiblesse. C’est une histoire pas encore finie.

L’équipe de L’Optimisme

Partagez votre expérience : vous avez fini par partir, à votre rythme ? Racontez-nous ce qui vous a aidé, ça peut éclairer le chemin de quelqu’un. Écrivez-nous à etsionsouriait@loptimisme.com.

Vos questions

Pourquoi les victimes ne partent-elles pas ?
À cause d’un piège psychologique : l’espoir entretenu par le cycle de la violence, la sidération et la dissociation qui brouillent le jugement, la honte, l’isolement et la dépendance. Ce n’est ni de la faiblesse ni un manque d’amour de soi.
Est-ce dangereux de partir ?
Oui, c’est statistiquement le moment le plus à risque. C’est pourquoi partir se prépare, idéalement avec l’aide d’une association ou des forces de l’ordre, et un plan de sécurité.
Pourquoi revient-on vers la personne ?
Parce que le cycle ravive l’espoir et parce que l’amour reste réel. Les allers-retours sont fréquents et ne sont pas des échecs : ce sont des étapes vers la sortie.
Comment aider un proche concerné ?
Écoutez sans juger, ne donnez pas d’ultimatum, rappelez que ce n’est pas sa faute, et orientez vers le 3919 ou un professionnel. Surtout, restez joignable : votre présence est un fil.
Où trouver de l’aide ?
Le 3919 (violences conjugales, gratuit, anonyme, 7j/7), le 17 en urgence, l’application The Sorority, et un psychologue pour se reconstruire.
pourquoi on ne part pas d une emprise, par L Optimisme

La rédaction de L’Optimisme, sous la direction de Catherine Testa
L’Optimisme est le premier média francophone du bien-être et de la santé mentale, suivi par plus d’un million de personnes. Sa fondatrice, Catherine Testa, est autrice de six livres dont Aider, consacré à la santé mentale, et conférencière sur ces sujets. Pour cet article, nous nous appuyons sur les travaux d’Anne-Clotilde Ziegler, Muriel Salmona et Lenore Walker, et sur les témoignages recueillis dans notre communauté.

Sources
  1. Ziegler, Anne-Clotilde. Pourquoi suis-je restée ?
  2. Salmona, Muriel. 2016. Comprendre l’emprise. Dunod.
  3. Walker, Lenore. 1979. The Battered Woman (cycle de la violence).
Vous traversez une situation difficile ?

Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un psychologue. Si vous souffrez ou si vous êtes en danger, vous n’êtes pas seule : le 3919 (violences conjugales, gratuit et anonyme), le 3114 (prévention du suicide, 24h/24), le 17 en urgence, ou l’application d’entraide The Sorority.

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