Vous avez pensé à quelqu’un et cette personne vous a appelé cinq minutes plus tard. Vous cherchiez une réponse et vous êtes tombé sur le bon paragraphe, dans le bon livre, au bon moment. Vous avez croisé trois fois la même personne en une semaine.
Carl Gustav Jung appelait ces moments des synchronicités. Des coïncidences qui prennent du sens pour celui qui les vit. C’est le titre et le sujet du quatrième livre de Catherine Testa, publié chez Michel Lafon en 2021.
Cette page présente le livre, ce qu’il contient, et surtout la position que son autrice y défend, qui est plus nuancée qu’on ne l’imagine.
Sommaire
Qu’est-ce que la synchronicité ?

Le mot clé de cette définition est « pour la personne qui les vit ». La synchronicité ne prétend pas décrire une propriété du monde. Elle décrit une expérience, et le sens que quelqu’un décide d’y mettre. Deux personnes peuvent vivre la même coïncidence et n’en tirer ni la même lecture, ni la même émotion.
C’est ce qui distingue la synchronicité d’une promesse de résultat. Le livre ne propose aucune recette pour provoquer ces moments. Il propose une manière de les regarder.
Jung, Pauli et une hypothèse restée ouverte
Le concept vient du psychiatre suisse Carl Gustav Jung, qui a travaillé aux côtés de Freud avant de s’en éloigner. Il formalise la synchronicité dans un essai publié en 1952, après des décennies d’observation clinique.
Jung y correspondait avec Wolfgang Pauli, physicien quantique et prix Nobel 1945. Ensemble, ils cherchaient à poser une relation entre le temps, l’espace et le psychisme. Leur hypothèse était qu’à côté de la causalité, il pouvait exister un autre principe de liaison entre les événements.
Jung décrit la synchronicité comme la coïncidence temporelle de deux événements sans lien causal entre eux, mais qui partagent un même sens pour celui qui les vit.D’après Carl Gustav Jung, Synchronicity: An Acausal Connecting Principle, 1952
Cette hypothèse n’a jamais été démontrée, et Jung lui-même ne la présentait pas comme une loi. Elle reste une grille de lecture, discutée depuis soixante-dix ans. C’est exactement dans cet esprit que Catherine Testa s’en empare.
Un carnet de pensées né du confinement

Le livre est né d’un carnet Moleskine noir, celui dans lequel Catherine Testa écrit depuis toujours pour décharger un trop-plein de questions et de réflexions. Ce carnet-là n’a pas voyagé. Il est resté immobile pendant tout le premier confinement, en mars 2020.
On nous avait imposé de rester à l’intérieur, j’allais me déplacer dans mon monde intérieur. J’ai choisi l’écriture comme acte de rébellion.Catherine Testa, Synchronicité
Ce n’est donc pas un guide pratique, et c’est ce qui le rend très différent de ses autres livres. Pas de méthode, pas d’exercices, pas de plan d’action. Des textes courts, des phrases, des poèmes, écrits au fil de la pensée puis organisés en cinq thèmes. 180 pages qui se picorent, dans l’ordre qu’on veut.
Le fil rouge est plus ancien qu’on ne le croit. Son tout premier livre, Osez l’optimisme !, était déjà dédié « aux synchronicités, qui m’ont permis de vous rencontrer ».
Les cinq thèmes du livre
⏳ Le temps
« Le temps me terrifie tout autant qu’il me passionne. » Sur notre course permanente, et ce constat : plus nous tentons de maîtriser le temps, plus il nous maîtrise et nous oppresse.
🔗 Le lien
Ce qui nous relie, et ce qui nous en empêche. « Écouter, c’est savoir entendre les silences qui abritent tous les mots qu’on ne sait pas dire. »
🎭 L’illusion
Ce que nous croyons vrai, ce que nous jouons, et ce que nous nous racontons. Le chapitre le plus frontal du livre.
🌱 Nos besoins
Distinguer ce dont nous avons besoin de ce que nous avons appris à désirer. Une question qui traverse toute l’œuvre de Catherine.
Le cinquième thème, notre chemin, referme le livre sur la question du sens et de la direction. C’est celui où les synchronicités reprennent leur place : non pas comme des instructions à suivre, mais comme des repères qu’on choisit ou non de lire.
Ce que Catherine Testa en dit vraiment
C’est le point le plus souvent déformé quand on parle de ce livre. Catherine Testa ne défend pas une pensée magique. Sa position est explicite, et elle est celle d’une scientifique de formation.
Pour ma part, je ne crois pas au hasard, mais je crois aux synchronicités. Et ce sont précisément mes années baignées dans la science qui m’ont amenée à faire ce choix.Catherine Testa, Synchronicité
Elle assume donc une croyance, en la nommant comme telle, et elle refuse de l’imposer :
Dans le livre, elle ne promet donc aucun résultat. Elle décrit ce que cette grille de lecture change chez celui qui l’adopte, et elle en cite quatre effets :
- Rester en apprentissage, en cherchant ce que les événements ont à nous apprendre.
- Muscler sa curiosité, en conservant le goût de l’observation.
- Gagner en résilience, en acceptant les événements plutôt qu’en luttant contre eux.
- Rester ouvert à l’avenir, en se donnant la permission du changement.
Quant à savoir comment reconnaître une synchronicité, sa réponse ne relève d’aucun protocole. « Je dirais qu’il faut avant tout que cela vibre en vous. Si, tout à coup, quelque chose vous marque, capte votre regard ou résonne sans raison logique, c’est probablement qu’un message s’offre à vous. » Autrement dit, le critère est intime, et il ne se vérifie pas de l’extérieur.

Ces mots ne m’appartiennent plus dès lors qu’ils ont été publiés. Ils sont à vous.Catherine Testa, Synchronicité
Une coïncidence qui vous a marqué, un passage du livre qui vous a parlé ? On veut tout savoir.
etsionsouriait@loptimisme.com- Jung, Carl Gustav. 1952. Synchronicity: An Acausal Connecting Principle. Princeton University Press.
- Testa, Catherine. 2021. Synchronicité, quand les coïncidences prennent soudain du sens. Éditions Michel Lafon, poche 2023.

