J’ai longtemps hésité à parler des synchronicités, de peur de paraître « perchée ». Il faut dire que je suis une rationnelle, et même une scientifique de formation. Et pourtant, après six ans d’entrepreneuriat, j’ai osé intituler un de mes livres Synchronicité. Vous connaissez ce mot ?
Si j’ai décidé d’aborder ce sujet sur L’Optimisme, c’est que beaucoup d’entre vous vivent ces coïncidences troublantes sans oser en parler.
Vous croisez la personne à laquelle vous pensiez la veille. Vous tombez sur le livre qui répond exactement à votre question du moment.
Et vous rangez ça dans la case « bizarre », faute de mot pour le nommer.
Ce mot existe. Il vient de la psychiatrie, pas de la voyance.
Dans cet article, je vous explique ce qu’est une synchronicité, d’où vient le concept, comment la distinguer d’une simple coïncidence, et ce que ça change d’y prêter attention.
Et si je vous disais que cet article a été écrit spécialement pour vous ? Vous me croiriez ? Peut-être. Peut-être pas. Coïncidence ? Synchronicité ? Une chose est sûre : là, maintenant, vous le lisez.
Sommaire
- La synchronicité, qu’est-ce que c’est exactement ?
- D’où vient le mot synchronicité ?
- Quelle différence entre coïncidence, hasard et synchronicité ?
- Comment reconnaître une vraie synchronicité ?
- Trois synchronicités que j’ai vécues
- Qu’est-ce que ça change d’y croire ?
- Pourquoi les entrepreneurs en parlent-ils autant ?
- Comment devenir plus attentif aux synchronicités ?
La synchronicité, qu’est-ce que c’est exactement ?
La synchronicité désigne l’apparition simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité entre eux, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les vit.
Le concept a été formulé par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, dans le cadre de la psychologie analytique. Ces fameux signes sont des coïncidences signifiantes pour leur observateur.
Le mot vient du grec syn, qui veut dire « avec », et khronos, qui veut dire « temps ». Littéralement : ce qui arrive en même temps.
Notez bien un point qui change tout. La synchronicité ne prétend pas qu’un événement en provoque un autre.
Elle décrit une coïncidence qui fait sens pour celui qui la vit. Le sens n’est pas dans les faits, il est dans la rencontre entre les faits et la personne.
Cette précision vous protège de deux excès. Celui de tout expliquer par le mystique. Et celui de tout balayer d’un revers de main parce que « ça ne se prouve pas ».

D’où vient le mot synchronicité ?
Carl Gustav Jung a travaillé aux côtés de Sigmund Freud avant de fonder sa propre école. C’est lui qui a formalisé le concept de synchronicité et lui a donné son nom.
Ce que l’on sait moins, c’est avec qui il l’a fait. Jung a longuement correspondu avec Wolfgang Pauli, physicien quantique autrichien, lauréat du prix Nobel de physique en 1945.
Ensemble, ils ont publié en 1952 un ouvrage commun où Jung expose sa théorie de la synchronicité comme principe de relations acausales.
Cette origine compte. Elle explique pourquoi le mot a traversé un siècle sans disparaître, et pourquoi il continue d’intéresser des gens qui n’ont rien de mystiques.
Jung ne cherchait pas à prouver l’existence d’une force invisible. Il cherchait à nommer un phénomène que ses patients lui décrivaient sans arrêt, et pour lequel la causalité classique ne suffisait pas.
Quelle différence entre coïncidence, hasard et synchronicité ?
Vous êtes peut-être rationnel. Vous aussi, vous avez sans doute longtemps mis ces événements sur le compte du hasard. Des coïncidences, point.
Alors posons les mots proprement, parce que les trois termes se confondent souvent.
| Terme | Ce qu’il décrit | Exemple |
|---|---|---|
| Hasard | Une rencontre d’événements sans cause commune et sans signification particulière pour vous. | Deux personnes de votre bureau portent le même pull aujourd’hui. |
| Coïncidence | Une simultanéité que vous remarquez, mais qui ne vous parle pas plus que ça. | Vous croisez un voisin au supermarché. |
| Synchronicité | Une coïncidence qui prend un sens pour vous, au moment précis où vous en aviez besoin. | Un ami vous parle d’un poste qui se libère, pile la semaine où vous cherchez du travail. |
Vous voyez la nuance. Le fait brut peut être identique. Ce qui bascule, c’est votre rapport à lui.
Prenez quelques exemples, vous en avez sûrement vécu un.
Ce jour où un ami vous a parlé d’un poste à pourvoir, pile au moment où vous en cherchiez un.
Cet autre jour où vous pensiez à une vieille connaissance, et où elle vous a soudain appelé.
Et puis ce livre, que vous avez lu un jour et qui a semblé s’adresser directement à vous. Lui aussi est tombé pile au bon moment.
Comment êtes-vous arrivé sur cet article, d’ailleurs ? Quelqu’un l’a partagé sur un réseau social ? Vous aviez simplement un peu de temps aujourd’hui ?
J’ai toujours aimé remonter le concours de circonstances qui pousse quelqu’un à faire une action.
Si vous faites ce test pour chacun de vos gestes, vous mesurez à quel point le quotidien tient à un enchaînement de hasards, parfois tristes, parfois heureux.
Comment reconnaître une vraie synchronicité ?
C’est la question qu’on me pose le plus souvent. Comment différencier le simple hasard de la véritable synchronicité ?
Je n’ai pas de grille de lecture à vous vendre, et je me méfie de ceux qui en proposent une. Mais j’ai un critère, et il tient en une phrase.
Je dirais qu’il faut avant tout que cela vibre en vous. Si, tout à coup, quelque chose vous marque, capte votre regard ou résonne sans raison logique, c’est probablement qu’un message s’offre à vous.
Catherine Testa, Synchronicité
La synchronicité ne se démontre pas, elle se ressent. Et c’est très bien ainsi.
Croire ou non au hasard relève d’un choix individuel, pas d’une vérité. Il n’existe à ce jour aucune équation mathématique du hasard.
Personne ne peut vous dire que vous avez tort de voir un signe, et personne ne peut vous dire que vous avez raison. Vous restez libre.
Pour ma part, je ne crois pas au hasard, mais je crois aux synchronicités. Et ce sont précisément mes années baignées dans la science qui m’ont amenée à faire ce choix. Plus j’ai étudié, plus j’ai mesuré tout ce que nous ne savons pas encore expliquer.
Je veux quand même vous donner l’autre version, celle des sceptiques, parce qu’elle est solide et qu’elle mérite d’être connue.
Deux mécanismes cognitifs bien documentés expliquent une partie du phénomène.
Le biais de confirmation nous fait retenir les coïncidences qui confirment ce que nous pensons déjà, et oublier toutes les autres.
L’attention sélective, parfois appelée phénomène Baader-Meinhof, fait qu’un mot rencontré le matin semble surgir partout. Il n’apparaît pas plus souvent qu’avant. Vous le remarquez, simplement.
Ces deux explications tiennent debout. Elles ne me dérangent pas. Elles décrivent le mécanisme, elles ne tranchent pas la question du sens que vous, personnellement, décidez de donner à ce que vous vivez.
Trois synchronicités que j’ai vécues
Je pourrais m’en tenir à la théorie. Ce serait plus confortable. Mais les trois épisodes suivants sont ceux qui m’ont convaincue, et je préfère vous les raconter tels quels.
Je suis dans une classe d’espagnol. Je parle pour la première fois à voix haute de mon projet, L’Optimisme. Dans cette classe, il y a une autre Française. Nous échangeons quelques mots, puis chacune reprend sa route.
Premier grand événement de L’Optimisme, avec Laurent Gounelle. Dans le vestiaire, deux personnes se retrouvent au même moment. Eva, qui collaborait à distance avec moi en 2016. Et l’inconnue de la classe d’espagnol de Barcelone, mandatée comme hôtesse parmi des centaines de candidates. Deux femmes qui n’avaient aucune raison d’être là ce soir-là, présentes ensemble pour me rappeler d’où j’étais partie.
J’ai le sentiment tenace que notre événement annuel de mars n’aura pas lieu. Un ami me dit : « tiens bon, c’est quand tout va s’effondrer qu’on va avoir besoin de vous et d’optimisme. » La semaine suivante, une inconnue, Fanny, m’appelle sans raison pour me dire exactement la même chose. Quelques jours plus tard, le pays entre en confinement.
Vous pouvez y voir trois hasards. Vous avez le droit. Moi, j’y vois trois moments où la vie m’a fait signe au moment où j’en avais besoin.

Qu’est-ce que ça change d’y croire ?
On me demande parfois à quoi ça sert de croire aux synchronicités. La question est légitime. Je vois quatre effets concrets, et aucun ne relève de la pensée magique.
Rester en apprentissage
Chercher le sens de ce qui vous arrive vous met dans une posture d’élève permanent. Vous ne subissez plus les événements, vous les interrogez.
Muscler sa curiosité
Prêter attention aux coïncidences entretient le goût de l’observation. Vous regardez mieux, donc vous voyez davantage.
Gagner en résilience
Accepter un événement difficile en lui cherchant un sens aide à le traverser. Ça ne l’efface pas, ça le rend habitable.
Rester ouvert à l’avenir
Croire que la vie peut encore vous surprendre, c’est vous donner la permission de changer. Beaucoup se l’interdisent.
Un effondrement extérieur, un licenciement, un divorce, un échec, peut aussi ouvrir la porte à des libérations intérieures. Je l’ai écrit dans Synchronicité et je le pense toujours. Quand cet effondrement dure et que tout se vide de son sens, certains parlent de nuit noire de l’âme, et j’y consacre un article entier. Non pas que la douleur soit une chance, mais parce que certaines portes ne s’ouvrent que quand une autre s’est fermée.

Pourquoi les entrepreneurs en parlent-ils autant ?
Ce chapitre m’a surprise moi-même. Je pensais que ce mot resterait cantonné aux cercles du développement personnel. Il circule bien plus largement.
Plus j’échange avec des gens qui sont allés au bout d’un projet, plus j’ai l’impression qu’il s’agit d’un élément caractéristique de chaque parcours entrepreneurial.
Je l’ai d’abord entendu dans la bouche de mentors et d’entrepreneurs à grand succès. Je l’ai même entendu chez des professionnels des ressources humaines, qui parlaient de synchronicités dans le recrutement.
Avec un brin d’honnêteté, presque tous les entrepreneurs vous raconteront un hasard curieux, la bonne rencontre faite au bon moment. Et beaucoup vous diront qu’ils prêtent attention aux signes.
On croit vivre dans un monde purement rationnel. En réalité, il est beaucoup plus subtil qu’on ne le pense.
Catherine Testa
Quand j’ai écrit ces lignes, six ans après m’être lancée, je pouvais déjà témoigner du nombre de ces coups du sort heureux qui ont permis au projet L’Optimisme d’exister. Dix ans plus tard, la liste s’est allongée. Si j’avais été purement logique, ma rationalité les aurait fait taire. Les suivre, les écouter, rester ouverte aux opportunités a définitivement fait partie de mon parcours.
Il y a une anecdote que j’aime raconter. En 2016, quand mon éditeur m’a demandé à qui je souhaitais dédicacer mon premier livre, Osez l’optimisme, j’ai proposé « aux synchronicités qui m’ont permis de vous rencontrer ».
Peu de monde semblait connaître le mot à l’époque, et j’avais franchement peur de paraître décalée.
Qui aurait imaginé que quelques années plus tard, un de mes livres porterait ce titre ? Pas moi.
Car c’est bien cela, la vie. Une succession de rencontres dont on ne mesure pas toujours l’ampleur. Certaines m’avaient amenée à écrire ce livre, et d’autres vous l’ont mis entre les mains.
Comment devenir plus attentif aux synchronicités ?
Reste la question pratique. Comment fait-on pour les remarquer, alors qu’elles passent la plupart du temps inaperçues ?
Elles sont nombreuses, ces opportunités que l’on refuse alors que la vie nous met des indices et de curieux hasards sur le chemin. Voilà ce qui m’aide.
Une ligne, une date, ce qui s’est passé. C’est un exercice que je propose dans mon bullet journal. Relu trois mois plus tard, il devient troublant.
Elles ne s’accélèrent pas et ne se déplacent pas. Elles s’invitent selon leur propre temporalité. Une vie menée à pleine vitesse ne laisse pas la place pour les remarquer.
Un mot, une image, une phrase entendue. Si ça capte votre regard sans que vous sachiez pourquoi, ça mérite deux minutes d’attention.
C’est souvent a posteriori que l’on comprend pourquoi les choses ne sont pas arrivées par hasard.
Pour finir
Je ne vous demande pas de croire aux synchronicités. Je vous invite simplement à y être plus attentif.
Parce que le pire qui puisse arriver, en observant mieux le monde, c’est de mieux le connaître. Et parce que la posture inverse, celle qui décrète que tout est explicable et que rien ne mérite qu’on s’y arrête, ferme beaucoup de portes pour pas grand-chose.
Si vous voulez creuser, j’ai écrit tout un livre sur le sujet, et j’en parle aussi lors de mes conférences en entreprise, souvent devant des publics qui ne s’attendaient pas du tout à ce que le mot soit prononcé.
Le hasard nous arrive, les synchronicités arrivent nous.
Catherine Testa
En espérant que vous y serez attentifs maintenant. À bientôt, Catherine.
Questions fréquentes sur la synchronicité
Vous avez vécu une coïncidence troublante, une rencontre qui a tout changé ou un signe que vous n’avez jamais su expliquer ? Écrivez-nous, nous lisons tout.
- Jung, Carl Gustav et Pauli, Wolfgang. 1952. Naturerklärung und Psyche. Rascher Verlag, Zurich. Ouvrage commun contenant l’exposé de Jung sur la synchronicité comme principe de relations acausales.
- Jung, Carl Gustav. 1988. Synchronicité et Paracelsica. Albin Michel, traduction française.
- Fondation Nobel. 1945. The Nobel Prize in Physics 1945, Wolfgang Pauli. nobelprize.org.
- Testa, Catherine. 2021. Synchronicité, quand les coïncidences prennent soudain du sens. Michel Lafon.
- Ifop. 2020. Les Français et les parasciences. Étude Ifop, ifop.com.



