« Excuse-moi, j’ai dit ça sous le coup de la colère. » La phrase est sincère, elle est nécessaire, et elle ne suffit pas toujours.
Ce conte moral anonyme explique pourquoi, avec une barrière de jardin et un sac de clous. Beaucoup de parents le racontent à leurs enfants, souvent parce qu’ils en ont eu besoin eux-mêmes.
Un petit garçon a un très mauvais caractère et s’emporte à la moindre contrariété. Son père lui donne un sac de clous et lui demande d’en planter un dans la barrière du jardin à chaque colère.
Les premiers jours, la clôture se couvre de dizaines de clous. Puis l’enfant apprend à se contenir, et le nombre diminue jusqu’à s’arrêter.
Fier de lui, le père lui demande alors d’arracher un clou pour chaque journée passée sans s’emporter. Quand la barrière est enfin vide, il prend son fils par la main.
Il lui montre les trous qui criblent le bois et lui explique que la barrière ne redeviendra jamais comme avant, même sans un seul clou.
Tous les clous sont partis. Les trous, eux, sont restés.
Ce que les trous racontent
Les mots lancés en pleine colère atteignent souvent leur cible avec une précision troublante, parce qu’on connaît les points faibles des gens qu’on aime. Une phrase de dix mots peut se rappeler à la mémoire quinze ans plus tard.
S’excuser reste indispensable et répare beaucoup. Le clou sort, la relation repart. Mais une trace subsiste : la personne sait désormais que vous êtes capable de dire ça, et cette information ne s’efface plus.
Gérer ses émotions ne consiste pas à ne plus jamais s’énerver, ce qui n’arrivera pas. Le vrai travail porte sur les trois secondes qui séparent la montée de colère de la phrase qui part. Sortir de la pièce, respirer, remettre la conversation à demain. Trois secondes gagnées, un clou évité.
Un mot pour finir sur la culpabilité, parce que ce conte peut peser lourd. Personne ne traverse une vie de relations sans planter quelques clous. Les trous font partie du bois des vieilles amitiés et des longs mariages. Ce qui compte, c’est la direction : la barrière se couvre-t-elle, ou se vide-t-elle ?
D’où vient ce conte
On le dit souvent traditionnel. Il ne l’est pas, du moins rien ne permet de l’affirmer.
Il circule en anglais sous le titre « The Nails in the Fence », toujours signé « auteur inconnu », dans les recueils de développement personnel et les supports scolaires de gestion de la colère. Anonyme, oui. Ancien, rien ne l’indique.
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