Vous cherchez à gagner en confiance en soi. Le rayon développement personnel déborde de méthodes, et pourtant le sentiment de ne pas être à la hauteur revient. Il y a une raison à cela, et elle tient en une phrase : sous l’expression confiance en soi, le français mélange trois notions que la recherche distingue depuis cinquante ans.
L’estime de soi porte sur votre valeur. Le sentiment d’efficacité personnelle porte sur votre capacité à réussir une tâche précise. La confiance en soi porte sur votre passage à l’acte. Ces trois choses ne se mesurent pas de la même façon, elles ne bougent pas ensemble, et surtout elles ne se réparent pas avec les mêmes outils. Travailler la mauvaise, c’est perdre des années.
La réponse en 40 secondes : la confiance en soi désigne la disposition à passer à l’acte. Elle se construit surtout par l’expérience de maîtrise, autrement dit en réussissant soi-même des choses difficiles. Albert Bandura classe les quatre sources de cette croyance par ordre d’importance décroissante : faire et réussir, voir réussir ses semblables, être encouragé de façon crédible, savoir lire ses états physiques. Le développement personnel inverse cet ordre en plaçant les affirmations positives en premier. Elles arrivent en avant-dernier chez Bandura.
Cet article pose la distinction proprement, source par source. Il donne ensuite les leviers qui fonctionnent, ceux qui ne fonctionnent pas, et trois exercices à faire cette semaine.
Sommaire
- Confiance en soi, estime de soi, efficacité personnelle : quelle différence ?
- Pourquoi la confiance en soi n’est-elle jamais globale ?
- Comment se construit la confiance en soi ? Les 4 sources de Bandura
- Qu’est-ce qui ne marche pas pour prendre confiance en soi ?
- Les 4 profils d’estime de soi d’André et Lelord
- Quand la confiance en soi ne suit pas la réussite
- L’auto-compassion, l’alternative sérieuse
- 3 exercices pour construire sa confiance en soi
- Questions fréquentes sur la confiance en soi

Confiance en soi, estime de soi, efficacité personnelle : quelle différence ?
L’estime de soi répond à la question « est-ce que je vaux quelque chose ? ». Elle porte sur la valeur, elle est affective, et elle reste largement globale. Le sentiment d’efficacité personnelle répond à la question « est-ce que je suis capable de faire ça, ici, maintenant ? ». Il porte sur la capacité, il est cognitif, et il change d’un domaine à l’autre. La confiance en soi répond à la question « est-ce que j’ose y aller ? ». Elle porte sur le passage à l’acte, elle se nourrit des deux autres et elle les nourrit en retour.
| Critère | Estime de soi | Confiance en soi | Sentiment d’efficacité personnelle |
|---|---|---|---|
| Question posée | Est-ce que je vaux quelque chose ? | Est-ce que j’ose y aller ? | Est-ce que je suis capable de faire ça ? |
| Ce qui est évalué | La valeur personnelle | Le passage à l’acte | La capacité perçue sur une tâche |
| Auteur de référence | Christophe André et François Lelord (1999), après William James (1890) | Notion de langage courant, sans statut théorique propre | Albert Bandura (1977) |
| Portée | Globale, avec des variations par domaine | Situationnelle | Située, spécifique à une tâche et à un niveau de difficulté |
| Ce qui la fait monter | L’affection reçue, un regard juste sur soi, des succès concrets | L’action répétée, même petite | Réussir soi-même une chose difficile |
| Registre | Affectif | Comportemental | Cognitif |
Christophe André et François Lelord décrivent l’estime de soi comme un assemblage de trois ingrédients : l’amour de soi, la vision de soi, et la confiance en soi. Ils placent l’amour de soi au fondement, parce qu’il ne dépend d’aucune performance et qu’il permet d’encaisser un échec sans s’effondrer. Leur formule tient en quelques mots.
on s’aime malgré ses défauts et ses limites, malgré les échecs et les revers
Christophe André et François Lelord, L’Estime de soi, Odile Jacob, 1999
Les mêmes auteurs ouvrent leur livre par un relevé du vocabulaire courant : avoir confiance en soi, être sûr de soi, amour-propre, affirmation de soi, acceptation de soi, croire en soi, être fier de soi. Chacune de ces expressions désigne autre chose. Deux psychiatres français de référence constatent donc dès 1999 que le vocabulaire est confus. Vingt-cinq ans plus tard, le web francophone n’a pas tranché.
Albert Bandura, lui, tranche. Dans le premier chapitre de Self-Efficacy: The Exercise of Control, il consacre une section entière à séparer efficacité personnelle et estime de soi. Sa démonstration tient en deux exemples symétriques. On peut se juger totalement incompétent en danse sans perdre une once d’estime de soi, parce qu’on n’engage pas sa valeur personnelle dans cette activité. À l’inverse, un huissier peut se savoir très efficace dans un métier qui consiste à expulser des familles en difficulté, sans en tirer la moindre fierté.
Le saviez-vous ? Bandura s’appuie sur les travaux de Mone, Baker et Jeffries (1995) pour établir un point décisif : le sentiment d’efficacité personnelle prédit les buts que les gens se fixent et les performances qu’ils obtiennent, alors que l’estime de soi n’affecte ni les buts ni la performance. Autrement dit, travailler « son estime de soi » dans l’espoir de mieux réussir vise à côté.
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Pourquoi la confiance en soi n’est-elle jamais globale ?
Le point le plus actionnable du travail de Bandura tient en une idée : le sentiment d’efficacité personnelle est situé. On ne se croit pas capable « en général ». On se croit capable pour une tâche donnée, à un niveau de difficulté donné, dans des circonstances données. Bandura donne lui-même l’exemple du cadre dirigeant qui affiche une efficacité organisationnelle très élevée et une efficacité parentale très basse. La même personne, le même jour.
Il en tire une conséquence méthodologique dure, posée dans son guide de construction d’échelles de 2006 : une échelle générale de confiance n’a qu’une valeur limitée. Pour mesurer quelque chose d’utilisable, il faut une échelle par domaine. Ce constat disqualifie une bonne partie des tests de confiance en soi génériques qui circulent en ligne.
Cette nouvelle est excellente pour vous. Vous n’avez pas un problème de confiance en soi. Vous avez un problème de confiance en soi pour quelque chose. La différence change tout, parce qu’un problème situé se traite, alors qu’un défaut de caractère se subit.
Ce chiffre dit quelque chose d’important : le manque de confiance en soi n’est pas une anomalie individuelle. Il traverse une communauté entière. Et pourtant, les mêmes personnes tiennent des budgets, élèvent des enfants, mènent des projets. Elles se croient capables ailleurs. Elles l’ignorent, parce qu’elles jugent leur confiance en bloc.
Christophe André et François Lelord posent d’ailleurs la même question à la fin de leur chapitre introductif : existe-t-il une estime de soi, ou plusieurs estimes de soi propres à des domaines qui fonctionnent indépendamment ? Ils citent le cas classique de la bonne estime professionnelle qui cohabite avec une mauvaise estime sentimentale. Les deux traditions se rejoignent sur ce point.

Comment se construit la confiance en soi ? Les 4 sources de Bandura
Bandura consacre un chapitre entier aux sources du sentiment d’efficacité personnelle. Il les présente dans un ordre d’importance décroissante qu’il assume explicitement. Cet ordre est l’inverse de celui que propose la culture du développement personnel.
Réussir soi-même quelque chose de difficile prouve directement qu’on possède ce qu’il faut. C’est la source la plus influente, et de loin. Le point contre-intuitif mérite d’être retenu : une confiance solide exige d’avoir franchi des obstacles par un effort persévérant. Qui n’a connu que des succès faciles attend des résultats rapides et se décourage au premier échec. La difficulté n’abîme pas la confiance en soi, elle la rend résistante, à condition d’être franchie.
On évalue ses capacités en regardant les autres, surtout quand aucune mesure objective n’existe. Voir réussir quelqu’un qu’on perçoit comme semblable à soi élève le sentiment d’efficacité. Voir échouer quelqu’un d’aussi compétent que soi l’abaisse. Le facteur déterminant est la similitude perçue. Plus le modèle vous ressemble, plus son parcours pèse. C’est un argument scientifique en faveur du mentorat, de la représentation et des témoignages de gens ordinaires.
Les encouragements crédibles aident à maintenir l’effort dans la difficulté. Bandura pose immédiatement la limite : seule, la persuasion verbale a un pouvoir faible, et elle ne tient que si l’évaluation positive reste réaliste. Il ajoute une idée rarement reprise en français. Les bons constructeurs de confiance ne se contentent pas de dire des choses gentilles, ils structurent les activités pour conduire la personne au succès. Selon lui, affirmer à quelqu’un qu’il est capable sans lui donner l’occasion de le prouver revient à prononcer un sermon creux.
On lit son corps pour évaluer ses capacités. Fatigue, essoufflement, palpitations, tension, mauvaise nuit, tout cela s’interprète. Bandura précise que ce qui compte n’est pas l’état lui-même, mais son interprétation. La même accélération cardiaque se lit comme de l’angoisse chez l’un et comme de l’excitation chez l’autre. Le levier consiste donc à améliorer l’état physique, à réduire le stress, et surtout à corriger les fausses lectures du corps.
Les expériences actives de maîtrise constituent la source la plus influente d’information sur l’efficacité
Albert Bandura, Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle, De Boeck, p. 125
Bandura ajoute un cinquième temps que presque personne ne reprend : l’intégration de l’information. Aucune des quatre sources n’agit toute seule. Chacune fournit une information brute que la personne sélectionne, pondère et interprète. Deux personnes qui vivent exactement la même chose n’en tirent pas la même confiance en soi. Ce point évite de lire les quatre sources comme un mode d’emploi mécanique.
La conséquence pratique tient en une consigne. Commencez par faire, à toute petite échelle. Entourez-vous ensuite de gens qui vous ressemblent et qui y arrivent. Acceptez les encouragements des personnes crédibles. Occupez-vous enfin de votre sommeil et de votre corps. Dans cet ordre.
Qu’est-ce qui ne marche pas pour prendre confiance en soi ?
Quatre recettes dominent le marché francophone de la confiance en soi. La recherche les a testées. Trois d’entre elles ne tiennent pas, et un chiffre très célèbre n’a jamais existé.
Les affirmations positives se retournent contre ceux qui en ont le plus besoin
Joanne Wood, Elaine Perunovic et John Lee ont publié en 2009 dans Psychological Science une étude devenue célèbre. Les participants à basse estime de soi qui répètent une affirmation du type « je suis quelqu’un d’aimable », ou qui se concentrent sur ce qui la rend vraie, se sentent plus mal ensuite que ceux qui ne la répètent pas. Les participants à haute estime de soi en tirent un bénéfice, mais faible. Le titre de l’article résume la conclusion : du pouvoir pour certains, du danger pour d’autres.
Restons honnêtes : une tentative de réplication publiée en 2019 dans le Journal of Contextual Behavioral Science n’a pas retrouvé ce résultat. Le message éditorial reste solide pour autant, parce qu’il repose sur deux jambes. La première est cette étude marquante et discutée. La seconde est Bandura, qui classait déjà la persuasion verbale en troisième position en 1997 et parlait de sermons creux dès qu’elle n’ouvre aucune occasion de faire ses preuves.
Le power posing a été désavoué par sa propre autrice
Deux minutes de posture de pouvoir augmenteraient la testostérone, feraient baisser le cortisol et pousseraient à prendre plus de risques. La promesse circule encore dans des dizaines d’articles français.
Dana Carney, première autrice de l’étude de 2010, a publiquement désavoué son propre résultat en 2016 et déclaré ne plus croire à l’effet. Une analyse de la courbe des p publiée en 2017 par Joseph Simmons et Uri Simonsohn conclut que, une fois corrigé le biais de publication, la littérature ne soutient pas l’existence de cet effet. Se tenir droit avant un entretien reste agréable et peut modifier votre ressenti. La promesse hormonale, elle, tombe.
Le mythe des 21 jours
La règle vient de Maxwell Maltz, chirurgien esthétique, qui observait en 1960 le délai d’adaptation psychologique de ses patients après une opération. Il ne parlait pas de formation d’habitudes. L’industrie du développement personnel a transformé son observation en loi universelle.
Attention à ne pas fabriquer une nouvelle règle magique avec 66 jours. C’est une médiane sur un petit échantillon, et la dispersion est énorme. Le vrai enseignement porte sur la dispersion elle-même : la durée dépend du comportement et de la personne.
Les chiffres qui n’ont jamais existé
❌ « 95 % de nos pensées sont négatives »
La formule circule avec 60 000 pensées par jour, 80 % de négatives, 95 % de répétitives, et une attribution quasi systématique à la National Science Foundation. Aucune publication de la NSF ne correspond, et pour cause : c’est un organisme de financement de la recherche, pas un laboratoire. La traçabilité s’arrête à des billets de blog recopiés les uns sur les autres. Pour parler du biais de négativité, les travaux de Rozin et Royzman (2001) et de Baumeister et ses collègues (2001) existent, eux.
⚠️ « 70 % des gens vivent le syndrome de l’imposteur »
Le chiffre est cité partout. Sa chaîne se reconstitue ainsi : un article académique de 2011 l’attribue à un article de presse de 2007, qui rapporte lui-même une enquête menée au milieu des années 1980 par Pauline Clance avec Gail Matthews. Cette enquête n’a jamais été publiée dans une revue à comité de lecture. Aucune étude de prévalence en population générale ne soutient donc ce chiffre. Il reste un ordre de grandeur très largement cité, rien de plus.
Deux ouvrages français de référence sur le sujet ne reprennent d’ailleurs pas ce fameux 70 %. Quand deux sources sérieuses écartent un chiffre que tout le monde répète, la prudence s’impose.

Les 4 profils d’estime de soi d’André et Lelord
Une grille française reste étrangement absente du web, alors qu’elle explique un phénomène que tout le monde a observé : le collègue qui paraît très sûr de lui et qui explose à la moindre remarque. Christophe André et François Lelord croisent le niveau de l’estime de soi et sa stabilité, et obtiennent quatre profils.
| Haute estime de soi | Basse estime de soi | |
|---|---|---|
| Stable | Les résistantes. Les événements ordinaires ne déplacent pas grand-chose. La personne dépense peu d’énergie à défendre son image et écoute la critique sans se crisper. | Les résignées. L’estime bouge peu, même devant des événements favorables. La personne accepte son niveau bas, passe inaperçue, se rallie aux avis des autres. |
| Instable | Les vulnérables. Le niveau est élevé mais il encaisse mal. En contexte compétitif, la personne réagit vigoureusement, s’auto-promeut à l’excès, s’irrite vite, cherche à mater son contradicteur. | Les motivées à changer. L’estime réagit à tout. Elle remonte après un succès et redescend aussitôt. La personne fournit beaucoup d’efforts pour se donner une meilleure image. |
Les deux auteurs opposent une écoute rationnelle de la critique chez les profils stables à une écoute émotionnelle chez les profils instables. Ils ajoutent une nuance qui évite les contresens : introversion et extraversion se superposent à cette grille. Deux personnes à haute estime de soi se comportent très différemment en société selon leur tempérament.
Ils vont plus loin, et c’est rare dans la vulgarisation française. Ils consacrent des sections entières aux bienfaits d’une basse estime de soi (acceptation par les autres, prise en compte des points de vue divergents, humilité, modestie) et aux inconvénients d’une haute estime de soi (glissement de la confiance vers la suffisance, de la persévérance vers l’obstination, prise de risque excessive).
Idée reçue à déconstruire : une haute estime de soi ne constitue pas un objectif de vie. La grande revue de Roy Baumeister, Jennifer Campbell, Joachim Krueger et Kathleen Vohs, publiée en 2003, conclut que ses bénéfices sont faibles à modestes, sauf sur le bonheur ressenti. Elle établit surtout que la corrélation entre estime de soi et réussite scolaire s’explique mieux par la réussite qui nourrit l’estime que par l’inverse.
Quand la confiance en soi ne suit pas la réussite
Le syndrome de l’imposteur décrit un décalage précis : la réussite est là, la confiance en soi ne suit pas. Pauline Clance et Suzanne Imes le décrivent pour la première fois en 1978, à partir d’une observation clinique menée sur des femmes à haut niveau de réussite. Ce point d’origine compte, parce que le concept naît d’une population très spécifique, pas d’une enquête de population générale.
Le mécanisme central relève du biais d’attribution, théorisé par Fritz Heider en 1958. La personne attribue ses réussites à des causes externes et instables (la chance, le hasard, la gentillesse des autres, une erreur de jugement du recruteur) au lieu de les attribuer à sa compétence.
Précision utile : le syndrome de l’imposteur ne figure pas dans le DSM-5. Ce n’est donc pas un trouble mental. Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot signalent d’ailleurs que le terme « syndrome » est aujourd’hui contesté, et qu’on parle plutôt d’expérience d’imposture. Se reconnaître dedans ne veut pas dire être malade.
Catherine Testa raconte son propre épisode dans un article qu’elle a longtemps hésité à publier. Elle y explique avoir refusé trois TEDx en un an, puis un programme sur l’une des plus grandes chaînes françaises, alors qu’elle animait déjà des conférences dans les plus grands forums d’Europe. Elle décrit aussi le moment où Michel Lafon l’appelle pour lui proposer d’écrire un livre.
Moi, écrire un livre ? Mais enfin, qui suis-je pour écrire un livre ?
Catherine Testa, Syndrome de l’imposteur : comment j’ai refusé 3 TEDx en un an
Sans une amie de 21 ans qui l’a poussée à s’y rendre, elle n’aurait pas honoré ce rendez-vous. Elle en est aujourd’hui à huit projets éditoriaux. Cet exemple illustre parfaitement la deuxième et la troisième source de Bandura : un modèle proche qui croit en vous, et une persuasion verbale qui débouche sur une occasion réelle de faire ses preuves.
Si vous vous reconnaissez, deux ressources complètent cette lecture : notre test du syndrome de l’imposteur pour situer votre profil, et notre guide en 6 étapes pour s’en libérer concrètement.
L’auto-compassion, l’alternative sérieuse à la course à l’estime de soi
Kristin Neff, chercheuse à l’université du Texas, propose une sortie par le haut. Son argument tient en une phrase : la poursuite d’une haute estime de soi produit des effets pervers, alors que l’auto-compassion offre les mêmes bénéfices sans ces effets.
Son raisonnement s’appuie sur trois observations. Une haute estime de soi exige de se sentir au-dessus de la moyenne, ce qui reste arithmétiquement impossible pour tout le monde en même temps, et pousse à la comparaison sociale vers le bas. Elle corrèle avec le narcissisme autant qu’avec la santé psychique, ce que les échelles générales ne permettent pas de distinguer. Elle reste enfin fragile parce qu’elle est conditionnelle : quand la valeur personnelle se rattache au succès, à l’apparence ou à la reconnaissance des pairs, plus on excelle dans ce domaine, plus la chute fait mal.
🤍 La bienveillance envers soi
Se traiter avec la douceur qu’on accorderait à un ami cher, au lieu de se juger et de se blâmer. Son opposé, mesuré par l’échelle d’auto-compassion, s’appelle le jugement de soi.
🌍 Le sentiment d’humanité commune
Reconnaître que l’échec, l’imperfection et la souffrance font partie de l’expérience humaine partagée, au lieu de se vivre seul et anormal dans sa difficulté. Son opposé s’appelle l’isolement.
🧘 La pleine conscience
Regarder son expérience douloureuse avec une attention équilibrée, sans dramatiser ni nier. Son opposé s’appelle la suridentification, ce moment où l’on se laisse happer par ses pensées négatives.
🔗 Les trois ensemble
Neff insiste sur un point structurel : aucune des trois composantes ne suffit seule. L’échelle qu’elle publie en 2003 compte 26 items et mesure les trois composantes ainsi que leurs trois opposés. Une version courte à 12 items existe depuis 2011.
Le lien avec Bandura mérite d’être souligné, parce que le web francophone traite ces deux mondes séparément. Neff cite explicitement l’auto-efficacité dans son chapitre consacré à la motivation. Son argument : puisque la croyance en ses possibilités influence directement la capacité à atteindre ses objectifs, et puisque l’autocritique mine cette croyance, l’autocritique constitue un mauvais moteur. Elle fonctionne, reconnaît Neff, mais par un seul mécanisme, la peur.
l’autocompassion offre les mêmes avantages que l’estime de soi sans les inconvénients
Kristin Neff, S’aimer. Comment se réconcilier avec soi-même, Belfond
Testez-vous
Test assertivité : savez-vous vous affirmer ?
3 exercices pour construire sa confiance en soi
Ces trois exercices suivent la hiérarchie de Bandura. Le premier travaille l’expérience de maîtrise, le deuxième la lecture de soi, le troisième la distinction entre les trois notions. Comptez vingt minutes pour les trois.
1. Le carnet de maîtrise
Chaque dimanche soir, notez une seule chose difficile que vous avez franchie dans la semaine, et surtout l’obstacle qu’elle contenait. Un appel que vous redoutiez. Une réunion où vous avez pris la parole. Une facture impayée que vous avez enfin réclamée. Écrivez l’obstacle avant le résultat, parce que c’est l’effort persévérant qui rend la confiance en soi résistante, pas le succès facile.
Au bout de huit semaines, relisez. Vous ne relisez pas une liste de victoires, vous relisez la preuve documentée que vous franchissez des obstacles. C’est exactement l’information dont Bandura parle.
2. L’exercice du miroir, version Angel-A
Dans Angel-A, le film que Luc Besson a tourné en 2005, Jamel Debbouze joue André, un homme incapable de se supporter. Une scène le place devant un miroir des toilettes d’un bar. Son ange lui demande de regarder son reflet et de lui dire « je t’aime ». Il rit, il détourne les yeux, il fuit, il tente une blague. Puis il le dit, et sa voix craque. Cette scène dure trois minutes et elle fait pleurer des salles entières depuis vingt ans, parce que tout le monde a déjà baissé les yeux devant son propre reflet.
La version à faire chez vous tient en trois consignes. Placez-vous devant un miroir, seul, deux minutes chrono. Regardez-vous dans les yeux sans commenter votre apparence. Nommez ensuite à voix haute trois choses que vous avez faites cette semaine et pour lesquelles vous féliciteriez un ami.
Point de vigilance : cet exercice fonctionne parce qu’il s’appuie sur des faits vérifiables, pas sur une formule creuse. L’étude de Wood, Perunovic et Lee montre que la répétition d’affirmations générales aggrave l’état des personnes à basse estime de soi. Nommer trois actions réelles se rapproche de l’expérience de maîtrise. Réciter « je suis formidable » devant la glace ne s’appuie sur rien.
3. L’auto-diagnostic en trois colonnes
Choisissez trois domaines de votre vie, ceux que vous voulez, par exemple votre travail, votre sport et votre vie sociale. Pour chacun, notez trois scores sur 10, dans trois colonnes séparées : votre capacité perçue (est-ce que je sais faire), votre valeur perçue (est-ce que je vaux quelque chose là-dedans), votre passage à l’acte (est-ce que j’y vais).
Regardez ensuite le tableau. Vos trois colonnes ne bougent pas ensemble, et vos scores de capacité varient fortement d’un domaine à l’autre. Vous venez de refaire la démonstration de Bandura sur votre propre cas. Vous savez maintenant quelle colonne travailler, et dans quel domaine.
Pour aller plus loin sur le passage à l’acte, deux articles complètent ces exercices : poser ses limites et savoir dire non. Les deux touchent au même levier, celui de l’action qui prouve.
La confiance en soi se répare par l’action, pas par la pensée
Toute la logique de Bandura converge vers ce point, et c’est une nouvelle profondément optimiste. Vous n’attendez pas d’avoir confiance en soi pour agir. Vous agissez, à toute petite échelle, et la confiance en soi arrive derrière, comme un sous-produit de ce que vous avez franchi.
Retenez les trois idées de cet article. Les trois notions se distinguent, et travailler la bonne fait gagner des années. La confiance en soi est située, donc elle se répare domaine par domaine. Les quatre sources se hiérarchisent, et faire arrive toujours avant se répéter des phrases.
Une dernière chose. Christophe André et François Lelord rappellent que l’amour de soi ne dépend d’aucune performance. Vous pouvez donc construire votre efficacité personnelle sans jamais faire dépendre votre valeur de vos résultats. Les deux chantiers avancent en parallèle, et c’est justement ce qui rend la démarche tenable.

⭐ Michel Lafon
Questions fréquentes sur la confiance en soi
Quel a été le premier petit pas qui vous a redonné confiance ? Un appel passé, une prise de parole, un refus assumé ? Racontez-nous, nous publions les plus parlants.
- Bandura, Albert. 1977. Self-efficacy: Toward a Unifying Theory of Behavioral Change. Psychological Review, 84(2), 191-215. doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Bandura, Albert. 1997. Self-Efficacy: The Exercise of Control. W. H. Freeman. Traduction française de Jacques Lecomte, Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle, De Boeck, 2003 et 2007.
- André, Christophe et Lelord, François. 1999. L’Estime de soi. S’aimer pour mieux vivre avec les autres. Odile Jacob.
- Baumeister, Roy F., Campbell, Jennifer D., Krueger, Joachim I. et Vohs, Kathleen D. 2003. Does High Self-Esteem Cause Better Performance, Interpersonal Success, Happiness, or Healthier Lifestyles? Psychological Science in the Public Interest, 4(1), 1-44. doi.org/10.1111/1529-1006.01431
- Wood, Joanne V., Perunovic, W. Q. Elaine et Lee, John W. 2009. Positive Self-Statements: Power for Some, Peril for Others. Psychological Science, 20(7), 860-866. doi.org/10.1111/j.1467-9280.2009.02370.x
- Lally, Phillippa, van Jaarsveld, Cornelia H. M., Potts, Henry W. W. et Wardle, Jane. 2010. How Are Habits Formed: Modelling Habit Formation in the Real World. European Journal of Social Psychology, 40(6), 998-1009. doi.org/10.1002/ejsp.674
- Carney, Dana R., Cuddy, Amy J. C. et Yap, Andy J. 2010. Power Posing: Brief Nonverbal Displays Affect Neuroendocrine Levels and Risk Tolerance. Psychological Science, 21(10), 1363-1368. doi.org/10.1177/0956797610383437
- Ranehill, Eva, Dreber, Anna, Johannesson, Magnus, Leiberg, Susanne, Sul, Sunhae et Weber, Roberto A. 2015. Assessing the Robustness of Power Posing. Psychological Science, 26(5), 653-656. doi.org/10.1177/0956797614553946
- Neff, Kristin D. 2003. Self-Compassion: An Alternative Conceptualization of a Healthy Attitude Toward Oneself. Self and Identity, 2(2), 85-101. doi.org/10.1080/15298860309032
- Clance, Pauline R. et Imes, Suzanne A. 1978. The Impostor Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention. Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 15(3), 241-247. doi.org/10.1037/h0086006
- Sakulku, Jaruwan et Alexander, James. 2011. The Impostor Phenomenon. International Journal of Behavioral Science, 6(1), 75-97.
- Cadoche, Élisabeth et de Montarlot, Anne. 2020. Le Syndrome d’imposture. Les Arènes.
- Testa, Catherine. 2020. Oser être soi… même au travail. Michel Lafon. Enquête communautaire Instagram, plus de 2 000 répondants.



