Pourquoi je procrastine : 6 causes profondes et méconnues

pourquoi je procrastine
⏱ Temps de lecture : 7 min

Pourquoi je procrastine alors que je connais la date limite, que je sais exactement quoi faire, et que je veux vraiment le faire ? La recherche répond depuis une quinzaine d’années. Vous repoussez parce que la tâche déclenche un inconfort, et parce que le report fait baisser cet inconfort immédiatement.

Le web francophone vous parlera d’agenda, de méthode et de discipline. Les travaux universitaires, eux, rangent la procrastination du côté de la régulation des émotions, pas du côté de la gestion du temps. La différence change tout, parce qu’elle change ce que vous avez à traiter. Ce discours de la discipline entretient d’ailleurs plusieurs idées reçues sur la procrastination.

Nous vous proposons de reprendre les six causes une par une, avec la phrase que chacune vous fait dire dans votre tête. Vous allez probablement en reconnaître deux ou trois. Si vous cherchez d’abord le cadre général, notre guide complet sur la procrastination pose la définition et les mécanismes.

Illustration expliquant pourquoi je procrastine, un noeud de pensees dans la tete

Pourquoi je procrastine ? La réponse courte de la recherche

Pourquoi je procrastine se résume à une phrase : vous retardez volontairement une action prévue, tout en sachant que ce retard va vous coûter quelque chose. Cette définition vient du psychologue Piers Steel, professeur à l’université de Calgary, dans une méta-analyse publiée en 2007 qui agrège des centaines de travaux menés depuis les années 1930.

📖 Définition
La procrastination
du latin pro (en avant) et crastinus (de demain)
Retarder volontairement une action que l’on avait décidé de faire, en anticipant que ce retard va nous desservir. Trois critères comptent : le report est volontaire, l’action était décidée, et la personne prévoit la conséquence défavorable.
Repousser une déclaration d’impôts en sachant qu’on paiera une majoration relève de la procrastination. Repousser une décision parce qu’on attend une information manquante relève du délai fonctionnel.
D’après Steel, 2007, et Klingsieck, 2013

Ce troisième critère est le nerf du sujet. Vous voyez venir le problème, vous le voyez clairement, et vous repoussez quand même. Aucun agenda ne règle ça, parce qu’aucun agenda ne traite ce qui se joue au moment où vous détournez le regard de la tâche.

Steel qualifie la procrastination de défaillance d’autorégulation. Autrement dit, le système qui relie votre intention à votre action déraille, alors que l’intention, elle, tient parfaitement debout. Vous ne manquez pas d’envie, vous manquez de passage.

20 %
d’adultes se décrivent comme procrastinateurs chroniques, c’est-à-dire concernés dans plusieurs domaines de leur vie, pas seulement au travail.
Harriott et Ferrari, 1996, sur des échantillons d’adultes américains. À lire comme un ordre de grandeur, pas comme un chiffre français.

Cause 1 : pourquoi je procrastine pour faire baisser une émotion ?

Vous repoussez parce que la tâche déclenche un inconfort et que le report le fait tomber sur-le-champ. Le soulagement arrive en quelques secondes. Il récompense le report, et le cerveau retient la leçon.

La cause mère tient en une mécanique très simple. Une tâche arrive dans votre champ mental. Elle déclenche un inconfort : de l’ennui, de l’anxiété, la peur du jugement, un sentiment d’incompétence, parfois juste une lourdeur diffuse. Vous détournez l’attention vers autre chose. L’inconfort tombe. Immédiatement.

Ce soulagement est réel, il est instantané, et il est mesurable dans votre corps. Voilà pourquoi la procrastination s’installe si bien : elle fonctionne. À court terme, elle fonctionne même très bien. La facture arrive plus tard, quand la tâche revient, plus grosse et plus chargée d’angoisse qu’avant.

Dianne Tice et Roy Baumeister ont documenté ce basculement dans une étude longitudinale publiée en 1997. Chez des étudiants américains suivis sur un semestre, les procrastinateurs déclaraient moins de stress et moins de symptômes physiques en début de semestre que les autres. En fin de semestre, la courbe s’inversait : plus de stress, plus de maladies, et des notes inférieures. Sur l’ensemble de la période, le bilan santé penchait du mauvais côté.

Bénéfice immédiat, coût différé : la courbe de stress et de santé des procrastinateurs s’inverse au cours du semestre.
Tice et Baumeister, 1997, Psychological Science. Population étudiante américaine, deux études longitudinales.

La phrase-réflexe de cette cause, vous la connaissez : « je ne suis pas d’humeur ». Elle est parfaitement honnête. Elle décrit exactement ce qui se passe. Le problème tient à ce qu’elle suggère : attendre la bonne humeur pour agir. Or l’humeur ne précède pas l’action sur ce type de tâche, elle la suit.

Neil Fiore, psychologue clinicien, décrivait déjà la procrastination en 1989 comme un mécanisme d’adaptation à l’anxiété de démarrage. Les personnes les plus concernées ne sont pas les moins motivées. Ce sont celles qui se sentent le plus menacées par la difficulté de commencer, par la critique et par l’échec.

🧐 Ce qu’on lit partout, et qui est faux

L’affirmation qui circule : « Il suffit de se forcer, c’est une question de volonté. »

D’où elle vient : du corpus francophone dominant sur la procrastination, très largement composé d’ebooks auto-édités et d’articles de blog qui se recopient les uns les autres. Le champ lexical y est militaire : ennemi, fléau, monstre, esclave. Un auteur va jusqu’à recommander de ne jamais se pardonner.

Pourquoi elle est fausse : la volonté n’est pas le facteur qui manque. Michaël Ferrari, coach et auteur édité sur le sujet, écrit à propos des personnes qui le consultent qu’« elles ne sont pas fainéantes et ne manquent pas de volonté ». Les travaux vont dans le même sens : chez 498 étudiants francophones du Québec, Caroline Senécal et son équipe ont montré en 1995 que les variables d’autorégulation expliquaient environ 25 % de la variance de la procrastination, contre environ 14 % pour la dépression, l’estime de soi et l’anxiété réunies.

Ce qui est vrai à la place : Steel range la procrastination parmi les défaillances d’autorégulation. Se forcer sans traiter l’inconfort qui déclenche le report revient à pousser une porte en tirant dessus. Le levier utile porte sur l’émotion et sur la taille du premier pas, pas sur la sévérité envers vous-même.

Illustration d'un miroir, l'estime de soi en jeu quand on procrastine

Cause 2 : en quoi repousser protège-t-il votre estime de vous ?

Repousser met votre valeur à l’abri. Tant que la tâche n’est pas rendue, elle ne peut pas être jugée, et l’échec reste hypothétique. Les chercheurs nomment ce mécanisme le self-handicapping.

Celle-ci fait mal quand on la comprend. Certaines tâches ne menacent pas votre emploi du temps, elles menacent votre valeur. Envoyer le manuscrit. Postuler. Montrer le projet. Passer l’appel qui va trancher.

Tant que vous n’avez pas essayé, vous n’avez pas échoué. Le brouillon reste parfait dans votre tête. La possibilité reste intacte. En repoussant, vous conservez une explication commode pour plus tard : si le résultat déçoit, ce sera la faute du manque de temps, pas la faute de votre talent.

Les chercheurs appellent ce mécanisme le self-handicapping, et la méta-analyse de Wendelien van Eerde, portant sur 121 études, le range parmi les corrélats les plus forts de la procrastination. Vous fabriquez d’avance l’excuse qui protégera votre image de vous-même.

La phrase-réflexe : « à quoi bon », ou sa cousine plus douce, « de toute façon ce ne sera pas assez bien ». Elle sonne comme du réalisme. Elle fonctionne comme une protection.

Cause 3 : le perfectionnisme fait-il procrastiner ?

Le perfectionnisme fait procrastiner quand il devient une exigence de perfection accompagnée d’une peur du jugement. Le mode tout ou rien supprime alors les options intermédiaires, celles qui permettent justement de démarrer.

Le perfectionnisme ne produit pas mécaniquement de la procrastination. Beaucoup de perfectionnistes livrent, et livrent très bien. Le report apparaît quand le perfectionnisme se vit mal, quand la barre devient une menace au lieu d’être une exigence.

Le mode tout ou rien s’installe alors. Une séance de sport de vingt minutes ne compte pas, donc vous ne la faites pas. Un ménage partiel ne compte pas, donc la maison reste en l’état. Un chapitre écrit à moitié ne compte pas, donc la page reste blanche.

Il faut les faire bien ou ne pas les faire du tout.

La phrase-réflexe du mode tout ou rien, relevée dans les témoignages francophones

Cette logique a une conséquence redoutable : elle supprime toutes les options intermédiaires. Or ce sont précisément les options intermédiaires qui permettent de démarrer. Quand seul le parfait compte, le zéro devient l’issue la plus probable.

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Cause 4 : pourquoi je procrastine sur une tâche qui me rebute ?

L’aversion pour la tâche est un prédicteur documenté du report. Elle se double d’une surévaluation du moi de demain : vous prêtez à votre version future un temps, une énergie et une motivation qu’elle n’aura pas.

Parfois, la raison est plus prosaïque. La tâche est ennuyeuse, répétitive, sans reconnaissance au bout. L’aversion pour la tâche est un prédicteur documenté du report, et elle n’a rien de mystérieux.

Ce qui rend cette cause si tenace, c’est ce qui l’accompagne : la surévaluation de vos possibilités futures. Demain, vous aurez plus de temps. Demain, vous aurez plus d’énergie. Demain, vous serez concentré. Le moi de demain apparaît toujours mieux équipé que le moi d’aujourd’hui, et il ne l’est jamais.

Les économistes Ted O’Donoghue et Matthew Rabin ont formalisé cette incohérence temporelle en 2001, avec un résultat que le web francophone ne mentionne nulle part : élargir le menu des options peut augmenter la procrastination. Une personne partiellement consciente de son problème de contrôle de soi peut renoncer à une tâche attirante parce qu’elle prévoit d’en faire une plus attirante, qu’elle ne fera jamais.

La phrase-réflexe la plus courante de cette cause reste « je travaille bien sous pression ». Elle contient une part de vrai : l’urgence crée un pic d’activation qui permet effectivement de produire. Elle oublie le reste, à savoir les jours de charge mentale passés avant, la qualité que vous n’avez pas eu le temps de viser, et l’inversion santé documentée par Tice et Baumeister en fin de parcours.




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Illustration d'un escargot, la pre-crastination retarde le demarrage

Cause 5 : la pré-crastination, pourquoi ranger avant de commencer ?

La pré-crastination désigne le fait de s’activer autour de la tâche plutôt que dessus : ranger, trier, préparer, documenter. L’affairement ressemble à du travail, et chaque heure de préparation fait monter la barre du démarrage.

Le concept est presque absent du web francophone, et il explique pourtant des journées entières. La pré-crastination consiste à s’activer autour de la tâche au lieu de l’attaquer. Vous rangez le bureau. Vous triez les mails. Vous cherchez la bonne application. Vous relisez vos notes une quatrième fois.

Tout cela ressemble à du travail, et vous vous sentez productif. Robert Boice décrivait dès 1996 cet affairement comme le compagnon fidèle de la procrastination : être occupé à l’inutile tout en évitant jusqu’à la pensée de la tâche difficile.

Le point contre-intuitif tient dans la suite. Plus vous préparez, plus la barre monte. Après deux heures de rangement, démarrer devient encore plus difficile qu’avant, parce que la tâche doit maintenant justifier tout ce temps investi. La préparation se retourne contre le démarrage.

Une étude menée auprès de 135 étudiants de cycle supérieur a repéré une variante très reconnaissable : chercher des lectures supplémentaires devient une tactique de report à part entière. Plus le volume d’information disponible submerge, plus la recherche remplace l’écriture.

La phrase-réflexe : « je ne suis pas prêt ». Elle est sincère. Elle est aussi inépuisable, puisqu’il existe toujours une préparation supplémentaire à faire.

Cause 6 : pourquoi une tâche floue ne peut-elle pas commencer ?

Une tâche floue ne peut pas démarrer parce que votre cerveau ne sait pas quel geste exécuter en premier. « M’occuper de la déclaration » n’est pas une tâche, c’est un dossier entier.

La dernière cause est la plus mécanique, et souvent la plus facile à corriger. Une tâche mal définie ne peut pas être commencée, parce que votre cerveau n’a aucun premier geste à exécuter.

Comparez « m’occuper de la déclaration » et « ouvrir le site des impôts et me connecter ». La première ligne n’est pas une tâche, elle est un dossier entier déguisé en tâche. Elle contient une dizaine d’actions, plusieurs décisions et au moins deux inconnues. Devant elle, l’esprit fait ce qu’il fait toujours devant le flou : il attend.

Ce flou alimente d’ailleurs les cinq causes précédentes. Une tâche floue est plus anxiogène, plus menaçante pour l’estime de soi, plus propice au tout ou rien, plus facile à repousser vers un moi futur imaginaire, et plus généreuse en prétextes de préparation.

Pourquoi je procrastine sur certaines tâches et pas sur d’autres ?

Pourquoi je procrastine sur ma déclaration d’impôts alors que je boucle sans effort un dossier de trois cents pages pour mon travail ? Parce que la procrastination est contextuelle. Elle dépend de la tâche, du moment et de ce que la tâche vient toucher chez vous. Elle ne décrit pas votre caractère. Au bureau, ce sont souvent les priorités floues et les circuits de validation qui fabriquent le report, un sujet que nous traitons dans la procrastination au travail et l’organisation.

Cette nuance compte plus qu’elle n’en a l’air, parce que l’étiquette fait des dégâts. Se présenter comme « procrastinateur chronique » transforme un comportement situé en identité fixe, et une identité fixe ne se change pas.

Katrin Klingsieck a proposé en 2013 une distinction utile entre le report dysfonctionnel et le délai fonctionnel. Tout report n’est pas de la procrastination, et un article qui traite chaque report comme un défaut se trompe. C’est aussi ce qui sépare la procrastination de la paresse, deux comportements que le web francophone confond en permanence.

SituationDélai fonctionnelProcrastination
Ce qui motive le reportUne information manque, ou le moment est mal choisiLa tâche déclenche un inconfort que le report fait baisser
Conséquence anticipéeNeutre ou favorableDéfavorable, et vous le savez
État intérieurCalme, décision assuméeTension, culpabilité, retour de la pensée
Ce qui se passe ensuiteLa tâche se fait au bon momentLa tâche revient, plus lourde

Un cas mérite d’être nommé à part. Quand le report ne concerne pas une tâche mais toutes les tâches, quand le corps refuse de démarrer alors que la volonté est là, quand l’écart entre l’intention et le geste devient permanent, la piste des troubles de l’attention mérite d’être explorée. Ce blocage porte un nom, la paralysie exécutive du TDAH, et il ne se traite pas comme un report ordinaire. Catherine Testa, fondatrice de L’Optimisme, a été diagnostiquée TDAH à 34 ans. Avant ce diagnostic, le report chronique passait pour un défaut de caractère.




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Que faire une fois que je comprends pourquoi je procrastine ?

Comprendre pourquoi je procrastine ne suffit pas à faire la tâche, et personne ne prétendra le contraire. En revanche, cette compréhension change la cible. Vous arrêtez de travailler sur votre planning et vous commencez à travailler sur l’inconfort et sur la taille du premier geste.

1
Nommez l’émotion avant de nommer la tâche

Devant la tâche repoussée, posez-vous une seule question : qu’est-ce que je ressens là, précisément ? De l’ennui, de la peur du jugement, un sentiment d’incompétence ? Cette identification suffit souvent à baisser l’intensité, et elle vous indique quelle cause vous concerne.

2
Rendez la première action ridiculement petite

Le premier geste doit être si concret qu’il ne demande aucune décision. Pas « faire ma déclaration », mais « ouvrir l’onglet ». Le découpage en unités minuscules fait consensus chez les praticiens depuis quarante ans, et il attaque directement le flou de la tâche.

3
Traitez-vous comme vous traiteriez un ami

La sévérité entretient le cycle : vous repoussez, vous vous jugez, le sentiment d’incompétence grandit, la tâche devient encore plus menaçante. Sortir de la culpabilité coupe l’alimentation du mécanisme, et nous expliquons ailleurs comment arrêter de culpabiliser de procrastiner. Ce point paraît doux, il est structurel.

Un support papier aide beaucoup à tenir ces trois gestes dans la durée, parce qu’il rend visible ce que vous avez fait plutôt que ce que vous n’avez pas fait.

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Que change ce déplacement de regard ?

Il déplace la question. Vous ne cherchez plus à devenir quelqu’un de discipliné, vous cherchez quelle émotion précise se déclenche devant quelle tâche précise. Un comportement contextuel se corrige, un trait de caractère se subit.

Vous êtes probablement arrivé sur cette page en cherchant ce qui clochait chez vous. La réponse tient en peu de mots : rien de particulier. Vous faites ce que fait un cerveau humain quand une tâche lui envoie un signal désagréable et qu’une échappatoire se trouve à portée de clic.

Les six causes se recoupent, et la plupart des gens en reconnaissent deux ou trois, jamais une seule. Repérer laquelle domine chez vous vaut mieux que toutes les méthodes appliquées à l’aveugle, parce que la méthode qui traite le flou de la tâche ne traite pas la peur du jugement, et inversement. Le soir, ces mêmes causes prennent une forme très reconnaissable, celle de la procrastination du coucher.

Reste une bonne nouvelle, et elle est solide. Un comportement contextuel se déplace beaucoup plus facilement qu’un trait de caractère. Vous n’avez pas à devenir quelqu’un d’autre, vous avez à rendre le premier geste plus petit que l’inconfort.

La procrastination touche la régulation des émotions, pas la gestion du temps. Tant qu’on cherche la solution dans l’agenda, on cherche au mauvais endroit.

L’équipe de L’Optimisme

Questions fréquentes sur la procrastination

Parce que l’importance de la tâche augmente l’enjeu, donc l’inconfort. Les économistes Ted O’Donoghue et Matthew Rabin ont montré qu’une personne peut procrastiner davantage sur l’important que sur l’accessoire, précisément parce que l’important met en jeu sa valeur et sa compétence. L’urgence ressentie ne suffit pas à compenser cette menace.
Non. La paresse suppose une absence d’effort et une absence de culpabilité. Les personnes qui procrastinent fournissent des efforts, se sentent envahies et culpabilisent beaucoup. La souffrance ressentie est même l’un des marqueurs qui distinguent les deux. Nous détaillons la différence dans un article dédié.
En partie. L’urgence crée une activation qui permet de produire vite. Ce que cette phrase oublie, c’est le coût : chez des étudiants suivis sur un semestre, Tice et Baumeister ont observé plus de stress, plus de symptômes physiques et des notes inférieures en fin de parcours. Le bénéfice existe, il arrive avant la facture.
Parce que la procrastination est contextuelle. Elle apparaît quand une tâche précise déclenche un inconfort précis. La même personne peut être redoutablement efficace dans son domaine d’expertise et bloquée sur deux ou trois sujets seulement. Cette observation invite à abandonner l’étiquette de procrastinateur.
Environ 20 % d’adultes se décrivent comme procrastinateurs chroniques, d’après Jesse Harriott et Joseph Ferrari, en 1996, sur des échantillons d’adultes américains. Attention au chiffre de 80 à 95 % qui circule partout : il vient d’Albert Ellis et William Knaus, en 1977, il porte sur des étudiants américains en auto-déclaration, et il ne décrit pas la population générale.
Quand le report devient global et permanent, quand il s’accompagne d’une perte d’élan durable, de troubles du sommeil ou d’une tristesse qui s’installe, un avis médical ou psychologique se justifie. Un trouble de l’attention, une dépression ou un épuisement peuvent se cacher derrière ce qui ressemble à de la procrastination. Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un psychologue.


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Sources
  1. Steel, Piers. 2007. The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65-94.
  2. Tice, Dianne M. et Baumeister, Roy F. 1997. Longitudinal Study of Procrastination, Performance, Stress, and Health. Psychological Science, 8(6), 454-458. Population étudiante américaine.
  3. Harriott, Jesse et Ferrari, Joseph R. 1996. Prevalence of Procrastination among Samples of Adults. Psychological Reports, 78(2), 611-616.
  4. Senécal, Caroline, Koestner, Richard et Vallerand, Robert J. 1995. Self-Regulation and Academic Procrastination. The Journal of Social Psychology, 135(5). Étude menée auprès de 498 étudiants francophones du Québec.
  5. Klingsieck, Katrin B. 2013. Procrastination: When Good Things Don’t Come to Those Who Wait. European Psychologist, 18(1), 24-34.
  6. Van Eerde, Wendelien. 2003. A Meta-Analytically Derived Nomological Network of Procrastination. Personality and Individual Differences, 35(6), 1401-1418. Méta-analyse de 121 études.
  7. O’Donoghue, Ted et Rabin, Matthew. 2001. Choice and Procrastination. The Quarterly Journal of Economics, 116(1).
  8. Ellis, Albert et Knaus, William J. 1977. Overcoming Procrastination. Institute for Rational Living. Chiffre de 80 à 95 % relevé chez des étudiants américains, en auto-déclaration.
  9. Fiore, Neil. 1989. The Now Habit. Jeremy P. Tarcher.
  10. Boice, Robert. 1996. Procrastination and Blocking: A Novel, Practical Approach. Praeger.
À propos de l’auteur
L’équipe de L’Optimisme
L’Optimisme est le premier média francophone du bien-être et de la santé mentale, suivi par plus d’un million de personnes. Notre équipe publie des articles, des tests et des ressources pour aider chacun à aller mieux, avec un optimisme ancré dans le réel.
Catherine Testa, fondatrice de L Optimisme
Directrice de la rédaction
Catherine Testa
Catherine Testa est entrepreneuse, conférencière et autrice de six livres, dont TDAH et alors ? (Michel Lafon, 2024). Elle dirige le média L’Optimisme, qu’elle a fondé en 2016, et intervient en entreprise sur l’optimisme, la santé mentale et le bien-être au travail. Diagnostiquée TDAH à 34 ans, elle aborde ces sujets depuis son propre vécu et depuis la réalité du terrain.
📚 Autrice de six livres
🎤 Conférencière
🌐 catherinetesta.com

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