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« Tout pour être heureux? » : un documentaire unique au coeur des fratries et de l’addiction

Tout pour être heureux un documentaire unique au coeur des fratries et de l’addiction

« Tout pour être heureux? » est un documentaire unique en son genre, écrit et produit par Jérôme Adam. 

Lui-même concerné en tant que frère par un proche qui a souffert d’addiction, il est allé à la rencontre de celles et ceux qu’on oublie souvent : les fratries qui vivent l’addiction d’un frère ou d’une soeur. Pour protéger sa fille sans la culpabiliser, pour sensibiliser, avertir des effets de la drogue et de l’alcool pouvant être fatals, Jérôme voyage de ville en ville et organise des projections-débats afin d’ouvrir la parole sur ce sujet délicat.

Nous avons assisté à l’une de ses projections et ne pouvons que vous recommander ce documentaire à la fois sensible, authentique et impactant. 

Quelle a été votre source d’inspiration pour la réalisation du film « Tout pour être heureux ? » ?

J’ai beau être un père de famille d’un naturel optimiste, je me suis rendu compte que je craignais de revivre avec ma fille ce que j’avais connu avec mon frère aîné, Cédric. Inspiré par cette histoire familiale, le film s’est ensuite enrichi des récits d’autres fratries pour donner au final « une histoire intime et universelle » (les Echos).

Quelle vision de la fratrie avez-vous souhaité mettre en avant dans votre documentaire ?

Si le film accorde une place importante à l’amour qui a parfois du mal à s’exprimer au sein des familles, il souligne plus largement les liens qui unissent les fratries. Je pense notamment à l’écoute et à la complicité, y compris durant les épreuves. Des liens qui peuvent cohabiter avec les sentiments d’impuissance et d’incompréhension. Ces liens forts, plus ou moins conscients, confèrent aux fratries un regard atypique et en tout cas différent de celui des parents. Une parole rare.

Le film aborde des thèmes sensibles et donne la parole à des fratries dont le frère ou la sœur vit avec une dépendance à l’alcool ou aux stupéfiants. Comment avez-vous travaillé pour équilibrer l’émotion et l’authenticité tout en évitant les stéréotypes ?

Le maître-mot avec les sœurs et les frères que je rencontre dans le film a été : confiance. Tout d’abord, je les ai rencontrés grâce au bouche à oreille et non via des centres spécialisés. Ensuite, chacun d’eux a choisi le décor dans lequel nous allions le filmer : extérieur en Normandie, piscine à Montreuil, vignes en Champagne, colline à Barcelone… Et nous avons mis en place certaines règles de tournage comme celles de filmer en une prise, déplacer le regard de la caméra si l’émotion devenait trop forte… Tout ceci confère au film une forte authenticité et même une forme de proximité avec les personnages.

De nombreux spectateurs évoquent l’impression d’être au milieu de ces personnages et l’envie de leur parler.

Tout pour etre heureux min 1

Comment pensez-vous que votre film peut aider à sensibiliser le public à la question de la dépendance et à encourager le dialogue sur ce sujet ?

Une critique cinéma titrait au sujet du film : « La prévention par les émotions ». Si on limite le film à la question des dépendances, ce titre me semble très juste. Nous sommes dans une approche qui vise à faire sentir les choses plutôt qu’à les faire comprendre. Une approche différente des approches didactiques et qui permet de libérer la parole. Les projections-débats le démontrent.

Quels ont été les moments les plus marquants du tournage pour vous ? Les plus difficiles ou les plus joyeux ?

Je ne vais pas citer le moment le plus marquant pour moi car il représente un passage très fort et inattendu du film. Je peux en revanche dire que chacune de mes rencontres avec Sophie et Antoine -« les p’tits jeunes » du film tels que nous les surnommions- ont été à chaque fois des moments incroyablement émouvants. Cela faisait à peine six mois qu’ils avaient perdu leur sœur Laure. Lors des projections-débats, le public me demande d’ailleurs souvent de leurs nouvelles.

Comment pensez-vous que les familles ou les amis de personnes souffrant d’addiction peuvent utiliser votre film pour comprendre et soutenir leurs proches ?

Les thématiques du film sont universelles : le déni, l’écoute, le sentiment d’impuissance… Et quelle que soit sa situation, bien au-delà du seul sujet de l’addiction, chaque spectateur peut trouver dans le film les ressources qui lui permettront de mettre des mots sur son vécu.

Lorsque je participe aux projections, je ne présente pas le film en amont et j’invite chaque personne à se faire sa propre lecture. Certains voient ainsi le film comme un film sur la parentalité et  les relations familiales, d’autres sur l’amour, les aidants, la résilience…

Quel(s) message(s) souhaiteriez-vous que les spectateurs retiennent de votre film ?

Le message est révélé à la fin du film. Sans le dévoiler ici, je peux en revanche inviter chacun de nous à veiller à remettre l’écoute au cœur de nos relations. Autrement dit, éviter d’être trop rapidement dans une logique rationnelle et dans le « pourquoi ? ».

Quels sont vos projets à venir autour de votre documentaire et en tant que producteur-auteur ?

J’espère que le film contribuera à la prise de conscience du nécessaire développement des compétences psychosociales (confiance en soi, affirmation de soi…). Les programmes de prévention reposant sur ces compétences existent et ils ont fait leurs preuves, mais ils sont peu développés en France.

Pourtant ces programmes présentent aussi l’intérêt d’acquérir des compétences qui sont utiles à tous au quotidien. J’espère que le film permettra également de prendre davantage en compte les familles. Avancer avec l’entourage, c’est aussi aider le malade.

Côté projets, j’ai co-écrit un scénario de fiction long-métrage centré sur l’histoire avec mon frère et un livre pourrait également en être tiré… à condition de trouver producteur/diffuseur et éditeur prêts à parier sur ce vécu dont « la réalité dépasse la fiction » parait-il.

Enfin, à force de rencontrer des acteurs de terrain, je muris l’idée d’une fondation dont l’objet serait la famille et les addictions. Avec les jeux et les écrans, au-delà des stupéfiants et de l’alcool, il y a matière à créer une telle fondation pour soutenir les programmes de prévention et d’accompagnement des familles.

Voir la bande-annonce du film

Le site du film et les dates des projections-débats

Propos recueillis par Eva Mazur

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