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Atelier sensible: kit thérapeutique pour les personnes souffrant d'anorexie

Cette semaine, nous tenions à vous présenter « L’atelier sensible », un collectif d’étudiants en art-design qui se sont rencontrés lors d’un concours entrepreneurial en Alsace. Leur projet de lancement? Un kit thérapeutique pour aider les personnes souffrant d’anorexie à se reconnecter à leur sens et à leur corps. Une idée innovante dans le « design du care »…Rencontre avec deux des fondateurs, Samuel Enogat et Meriem Jean-Marie.

Pouvez-vous nous présenter L’Atelier Sensible?

L’Atelier Sensible est une agence interdisciplinaire dans le milieu du design et du care. Nous nous sommes rencontrés lors d’un concours entrepreneurial à Strasbourg où nous avons terminé 2ème. Avec nous, Zoé Mathis et Sarah Oerthel participent à l’évolution du projet qui est également soutenu par la Haute Ecole des Arts du Rhin. Nous nous sommes entendus très rapidement et avons eu envie de développer des projets dans le milieu du « care » en nous intéressant aux troubles du comportement alimentaire dont l’anorexie.

Quel projet avez-vous présenté lors de ce concours ?

C’est un projet que nous avons appelé Bôm. Il s’agit d’un ensemble d’objets thérapeutiques pour les personnes souffrant d’anorexie mentale. Dans ce kit, il y a différents éléments afin de permettre à la personne de se centrer sur le sensible, les sens et le toucher.

Dans nos enquêtes de terrain, nous nous sommes aperçus que l’alimentation était mise en premier plan mais que ces personnes avaient aussi d’autres besoins après une hospitalisation. Nous avions envie de proposer une solution incluant davantage cette dimension des sens et du sensible.

En tant que designers pluridisciplinaires, nous nous sommes vraiment rejoints dans cette envie de travailler le contact au corps, dans un environnement extérieur, sans passer par des outils technologiques. Les outils technologiques peuvent alimenter, cristalliser ce rapport à la comparaison, à la performance, au contrôle, à la vérification…Il y a un côté très primaire dans le toucher qui permet à la personne de se déconnecter de la technologie.

Que contient ce kit thérapeutique ?

  • Un guide avec des conseils, des exercices, des défis, une partie « expression » pour rendre la maladie plus concrète et avoir une matière sur laquelle travailler avec les médecins.
  • Un coussin sensoriel: souvent les personnes souffrant d’anorexie sont enclin à des angoisses très sévères qui résonnent avec l’enfance. Ce coussin est un objet rassurant, comme une peluche. Il va avoir plein de textures différentes pour retrouver cet aspect réconfortant de la peluche.
  • Des bouillottes anti-stress: en perdant du poids, les personnes sont plus sensibles au froid. L’idée est aussi ici de stimuler le corps avec des sensations de chaleur.
  • 2 objets qui interviennent au moment de la toilette où il va falloir faire face à son corps:
    – des savons durs qui prennent la forme de la main et à travers lesquels l’odorat est stimulé par différentes odeurs. L’idée est d’amener la personne à être au plus près de sa peau de manière progressive.
    – des petits brosses avec des surfaces différentes pour ne pas forcer le contact avec son corps.

Comment en êtes-vous arrivés à vous intéresser plus particulièrement à l’anorexie ?

L’anorexie nous apparaît comme un problème de santé mentale majeur au sein de la société. Après concertation, nous nous sommes aperçus que nous étions tous touchés de près ou de loin par cette maladie que ce soit à travers une soeur ou une amie…On s’est dit que cette maladie est très mal connue et est perçue très péjorativement.

Quand on a fait nos recherches de terrain, on a réalisé que cette maladie rentre en résonance avec les canons de beauté dictés par la société depuis des siècles. C’est une pression sociale indicible, invisible, latente…Notre questionnement est le suivant: est-ce que cette maladie n’est-elle pas aussi le reflet d’un trouble du comportement alimentaire au sein de la culture française ? La France est un des pays les plus touchés par cette maladie, particulièrement les femmes qui trouvent peu de réponses thérapeutiques une fois à la maison, après une hospitalisation. Nous souhaitions être en capacité d’aider ces personnes en mettant à profit nos compétences en design.

Comment votre projet a-t-il été accueilli de la part des professionnels de santé que vous avez rencontrés ?

Super bien ! On a tout d’abord rencontré Pascal Guingand qui est psychiatre, addictologue et président de l’association ARTTA au CHU de Colmar. Il nous a aidés à avoir plus d’informations vis-à-vis de la maladie. Nous sommes également en contact avec le docteur Leroi du centre de soins de suite et de réadaptation des Trois Epis qui a également confirmé ce besoin en matière d’outils thérapeutiques. Il nous a proposé de faire tester les prototypes une fois qu’ils seront réalisés.

Zoé et Meryem réalisent également des ateliers au sein de ce centre, dans une démarche de recherche et de co-réflexion avec les patients. Nous venons avec des outils à tester. Ils se veulent autonomisant et stimulant pour le patient afin qu’il puisse mieux comprendre sa maladie, modifier certains schémas de comportement…

En tant que designers et citoyens engagés, quel message aimeriez-vous faire passer aux personnes qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire ?

Qu’elles sont pas seules et qu’on s’intéresse à elles !

Comment voyez-vous le développement de l’Atelier Sensible dans ces prochaines années ?

Nous allons procéder par étapes, en continuant d’abord l’étude de terrain auprès du Centre des Trois Epis et du CHU de Colmar. Ensuite, nous allons développé la gamme de nos prototypes pour pouvoir le tester auprès des patients. On aimerait intégrer un incubateur, bénéficier de plus de financements pour concrétiser la chaîne de production…Nous ne savons pas à quel rythme nous allons avancer mais nous espérons amener l’Atelier Sensible le plus loin possible…

Envie d’aider l’Atelier Sensible ?

Tout le monde peut contribuer à l’Atelier Sensible ! Si vous avez envie de contribuer à ce projet, de simplement témoigner sur votre vécu ou de partager votre expérience, n’hésitez pas à contacter le collectif qui sera ravi de vous entendre: hello.ateliersensible@gmail.com

Boostez cette initiative !

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