Armonia a changé de genre: sa vision positive de la transidentité

Armonia

Il est de ce message qu’on reçoit dans nos boîtes mails et qui nous touchent…Tel que celui d’Armonia Lemaître qui suit l’Optimisme sur les réseaux. Armonia a un parcours atypique: né garçon, elle a commencé sa transition à l’âge de 50 ans. Installée à Sète, elle est aujourd’hui pleinement épanouie. Dans cette interview, elle nous partage son parcours, les obstacles qu’elle a rencontrés et nous en dit un peu plus sur son livre autobiographique (« Je suis une poupée gigogne »)…car Armonia c’est aussi et avant tout une poétesse qui souhaite partager une vision positive de la transidentité et du monde en général. Nous sommes heureux de vous présenter cette personnalité qui a ému l’équipe et que nous trouvons très inspirante! 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Armonia Lemaître et j’ai cinquante-huit ans. Parisienne d’origine, j’ai travaillé dans une grande entreprise de transport. Cela m’a permis de prendre ma retraite de bonne heure. Après mon mariage en 2018, je me suis installée à Sète où je coule des jours heureux et cultive avec passion mon jardin littéraire.

Vous êtes née dans un corps qui ne correspondait pas à votre genre intime. Pouvez-vous nous parler de ce sentiment ? 

Petite, j’éprouvais un malaise très profond, des angoisses, des cauchemars, des symptômes neurovégétatifs impressionnants et inexpliqués. Je me suis crue longtemps complètement folle. Je me sentais inadaptée, en marge. J’avais des aspirations, des goûts qui n’étaient pas en adéquation avec ce que je voyais chez les autres garçons. J’ai essayé de toutes mes forces de « rentrer dans le rang », de me comporter comme mes alter ego, de ne pas me faire remarquer, car j’étais victime de moqueries, de railleries continuelles. Je n’ai jamais parlé de cela à mes parents, car je ne voulais pas leur faire de la peine.

Pouvez-vous expliquer à notre communauté les mots « transidentité », « transgenre  », « transsexualité » avec votre regard et votre vécu ? 

La transidentité est un terme générique qui rassemble plusieurs groupes d’humains comme les transgenres, les transsexuels, mais on évoque aussi les travestis, les non binaires, les androgynes, les intersexués, les hermaphrodites. Disons pour faire simple qu’une personne qui a la conviction que son genre intime est en inadéquation avec son sexe biologique est un transgenre ou un transsexuel.

Mais je pense que nous ne devons pas enfermer les gens dans des catégories. Chaque individu est dissemblable avec ses particularités physiques, son histoire familiale, sociale, sa culture, tout ce qui structure, influe sur une personnalité. J’ai l’habitude d’expliquer cela par une image. Le genre c’est un segment avec à un bout le masculin et à l’autre le féminin. Entre les deux, on trouve une multiplicité de situations. J’ai rencontré au cours de ma transition beaucoup de personnes aux parcours complètement hétéroclites. Sortons de cette tendance à tout mettre dans des cases. Laissons aux individus la possibilité de vivre leurs genres en toute liberté et créons les droits modernes permettant l’épanouissement de chacun et de chacune.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées sur votre parcours et comment les avez-vous surmontées ? 

La plus grande des difficultés est de « sortir du placard ». J’avais la chance d’avoir un physique sans stigmates masculins irrémédiables. Cela a facilité beaucoup ma transition, car dépasser le regard des autres est le défi le plus important à surmonter. J’ai également été très entourée par une famille qui a tout de suite accepté ma transformation et j’ai été soutenue depuis le début par un homme incroyable. J’ai aussi fait face à des difficultés administratives et juridiques, notamment lorsque j’ai changé d’état civil. Là encore, j’ai été aidée par des associations et une avocate exceptionnelle. Pour l’opération, j’ai choisi la Belgique, car les chirurgiens belges comme les Thaïlandais sont très en avance et traitent ces particularités depuis des dizaines d’années.

Armonia 2Pourquoi votre vie bascule-t-elle à 50 ans ? 

J’ai compris et accepté ma particularité lorsque j’ai rencontré mon mari. Il a tout de suite décodé ma vraie nature intime. Avant je vivais en automate. Je m’étais construit une vie officielle qui correspondait aux canons de la masculinité : fonder une famille et avoir des enfants. Cela dit, je ne regrette rien. J’ai une fille et un garçon magnifiques et bien insérés socialement. Je n’ai qu’un seul remord: ne pas avoir eu la capacité de renouer le dialogue avec celle qui a partagé ma vie pendant 30 ans.

Il vous tient à cœur de partager votre histoire sur votre transition réussie. Quel(s) message(s) aimeriez-vous faire passer à ce sujet ? 

Ne laissez pas les autres décider de ce qui est bon pour vous ! Écoutez votre intime conviction et foncez, cela en vaut la peine !

Cela dit, s’engager dans une telle démarche n’est pas un acte anodin et chaque situation est particulière. Pour ma part, j’ai conscience d’avoir eu beaucoup de chance. J’ai gardé mon travail, ma famille m’a entourée avec bienveillance et j’avais des moyens financiers suffisants. Ce n’est pas toujours le cas et beaucoup de trajectoires sont tragiques, des vies sont fracassées.

La transition est un combat et les mentalités, les législations avancent lentement, trop lentement.

Heureusement, des associations nombreuses agissent et font beaucoup pour soutenir et aider les LGBT.

Pourpées GigogneVous êtes auteure et poétesse notamment d’un roman autobiographique « Je suis une poupée gigogne ». Pourquoi ce livre ? 

Je dis souvent que les mots m’ont sauvée. Effectivement, ce roman en deux tomes m’a aidée à surmonter des blocages, à verbaliser des émotions, des angoisses, des difficultés auxquelles j’ai dû faire face. J’ai aussi écrit cet ouvrage pour partager mon expérience et surtout donner une vision positive de la transidentité.

Comment, selon vous, peut-on faire évoluer les mentalités concernant la transidentité et mieux lutter contre toutes formes de discrimination ou de violence ? 

C’est un travail immense ! La transidentité est dans l’angle mort de la République française. Serait nécessaire une véritable révolution dans les législations, les mentalités, les pratiques, les prises en charge. Les violences, les discriminations ont lieu parce qu’il n’y a pas de réels garde-fous, de volonté de combattre efficacement la transphobie. Cela dit, la littérature, les journaux, la télévision, le cinéma commencent à aborder ces questions de façon intelligente et non stigmatisante. C’est un progrès énorme, car, pendant très longtemps, les médias ont montré une image très péjorative de la transidentité.

Quel(s) sont le mantra ou la phrase positive qui vous ont boostée tout au long de votre parcours ? 

Crois-en tes rêves et ne lâche rien !

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Cyril, 28 ans, web entrepreneur, expatrié aux Philippines

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