Menu

Manipulateur : pourquoi il fait ça (ce n’est pas de la colère)

« Il ne se contrôle plus. » « Il a eu une enfance difficile. » « Au fond, il m’aime trop fort. » On cherche toujours une explication au comportement d’un manipulateur ou d’un conjoint violent. Et si toutes ces explications étaient fausses ? C’est la thèse, dérangeante et libératrice, du spécialiste américain Lundy Bancroft, qui a accompagné des agresseurs pendant quinze ans.

Sa réponse tient en une phrase : il ne fait pas ça parce qu’il perd le contrôle, il fait ça parce que ça marche.

Si ce sujet me touche, c’est qu’on passe parfois des années à chercher pourquoi l’autre agit ainsi, au lieu de se demander ce que la relation nous coûte. Comprendre l’autre n’est jamais la condition pour se protéger.

Catherine Testa, fondatrice de L’Optimisme

L’idée qui change tout : selon Lundy Bancroft, « il n’est pas violent parce qu’il est en colère, il est en colère parce qu’il est violent ». Le moteur n’est pas l’émotion, c’est un sentiment de bon droit : la conviction d’avoir des privilèges que l’autre doit servir.

Pourquoi un manipulateur fait ça, vraiment

Un manipulateur agit ainsi parce que son comportement lui rapporte : du pouvoir, du confort, le dernier mot, et le droit de ne jamais se remettre en question. Bancroft le montre : la violence et la manipulation sont sélectives et calculées. L’homme qui « pète les plombs » à la maison ne le fait jamais devant son patron. Il choisit sa cible, le moment, et jusqu’où aller. Ce mécanisme est souvent au cœur du profil du pervers narcissique.

Bancroft : « La violence est le contraire de l’amour. Plus un homme vous maltraite, plus il démontre qu’il ne se soucie que de lui. »

Les 6 mythes qui l’excusent (et pourquoi ils sont faux)

« Il perd le contrôle »

Faux : c’est sélectif. Il se contient très bien face à un supérieur ou en public.

« C’est l’alcool »

Arrêter de boire ne stoppe pas la violence : ce sont deux problèmes distincts.

« Son enfance »

Beaucoup de gens blessés ne maltraitent personne. L’enfance explique, elle n’excuse pas.

« Il m’aime trop »

La possessivité n’est pas de l’amour, c’est du contrôle. L’amour ne détruit pas.

« Il refoule ses émotions »

Le problème n’est pas ses émotions, c’est ce qu’il s’autorise à faire aux autres.

« Il est malade »

La plupart des agresseurs vont très bien par ailleurs : charmants, fonctionnels, appréciés.

Bancroft souligne un point glaçant : cette mythologie a souvent été fabriquée par les agresseurs eux-mêmes, parce qu’elle déplace la responsabilité loin de leurs choix.

Les grands profils de manipulateurs

Un même homme peut en combiner plusieurs. Aucun n’est un diagnostic : ce sont des façons de fonctionner.

Le Bourreau tranquille

Jamais un cri. Calme et méprisant, il distille le poison et fait passer l’autre pour l’hystérique.

Monsieur A-toujours-raison

Ses goûts et ses opinions sont des vérités. Il rabaisse intellectuellement.

Le Sergent instructeur

Il contrôle tout : fréquentations, vêtements, emploi du temps, dépenses.

Monsieur Sensible

Il retourne le jargon psy contre vous : « tu blesses mes sentiments en permanence ».

La Victime

Il inverse les rôles et recrute la sympathie de l’entourage à ses côtés.

Monsieur J’exige

Tout tourne autour de ses besoins, sans la moindre réciprocité.

Un manipulateur peut-il changer ?

C’est possible, mais rare, et à une seule condition : qu’il reconnaisse que son comportement est un choix, pas une fatalité. Or il se vit rarement comme responsable. Attendre qu’il change, en espérant que votre amour suffise, vous garde le plus souvent dans l’emprise. Le seul levier sur lequel vous avez vraiment la main, c’est votre propre sécurité.

Attention à ne pas en voir partout

Voilà la nuance que les articles à sensation oublient. Tout partenaire agaçant, tout chef exigeant, tout proche maladroit n’est pas un manipulateur. Ce qui distingue une vraie dynamique d’emprise, c’est la répétition, l’absence de réciprocité et le fait que vous vous sentez de plus en plus petit. Quand le doute s’installe sans qu’on ose partir, lisez pourquoi on ne part pas d’une relation d’emprise. Et rappelons-le : l’emprise n’a pas de genre, victimes comme auteurs peuvent être de tout sexe.

La bonne question : plutôt que « est-ce un manipulateur ? », demandez-vous « cette relation me construit-elle ou me détruit-elle ? ». C’est la réponse à celle-là qui compte.

Ce qu’il faut retenir

Comprendre qu’un manipulateur agit par intérêt, et non par débordement d’émotions, change tout : on cesse de vouloir le réparer, on arrête de chercher ce qu’on a mal fait, et on se recentre sur soi. Ce n’est pas votre travail de le guérir. C’est votre droit de vous protéger.

Vous n’avez pas à comprendre pourquoi il fait ça pour avoir le droit de partir.

L’équipe de L’Optimisme

Partagez votre expérience : vous avez arrêté de vouloir « le comprendre » et ça a tout changé ? Votre histoire peut ouvrir les yeux de quelqu’un. Écrivez-nous à etsionsouriait@loptimisme.com.

Vos questions

Pourquoi un manipulateur fait-il ça ?
Parce que ça lui rapporte : pouvoir, confort, dernier mot. Selon Lundy Bancroft, le moteur n’est pas la colère mais un sentiment de bon droit. Son comportement est un choix sélectif, pas une perte de contrôle.
Un manipulateur est-il conscient de faire du mal ?
Souvent oui, au moins en partie. Il minimise et justifie, mais il choisit sa cible et le moment. L’intention exacte importe moins que l’effet destructeur sur vous.
Un manipulateur peut-il vraiment changer ?
Rarement, et seulement s’il reconnaît que c’est un choix. Fonder votre décision sur l’espoir qu’il change vous maintient dans l’emprise. Concentrez-vous sur votre sécurité, pas sur sa guérison.
Une femme peut-elle être manipulatrice aussi ?
Oui. L’emprise n’a pas de genre : elle existe dans tous les couples, les familles, les amitiés et au travail. Les travaux de Bancroft portent sur des hommes agresseurs, mais les mécanismes sont universels.
Où trouver de l’aide ?
Le 3919 (violences conjugales, gratuit et anonyme), le 17 en urgence, et l’application The Sorority. Un psychologue aide à sortir de l’emprise et à se reconstruire.

La rédaction de L’Optimisme, sous la direction de Catherine Testa
L’Optimisme est le premier média francophone du bien-être et de la santé mentale, suivi par plus d’un million de personnes. Sa fondatrice, Catherine Testa, est autrice de six livres dont Aider, consacré à la santé mentale, et conférencière sur ces sujets. Pour cet article, nous nous appuyons sur les travaux de Lundy Bancroft, Marie-France Hirigoyen et Muriel Salmona, et sur les témoignages recueillis dans notre communauté.

Sources
  1. Bancroft, Lundy. 2002. Why Does He Do That? Inside the Minds of Angry and Controlling Men. Berkley Books.
  2. Hirigoyen, Marie-France. 2005. Femmes sous emprise. Oh ! Éditions.
  3. Salmona, Muriel. 2016. Comprendre l’emprise. Dunod.
Vous traversez une situation difficile ?

Cet article informe, il ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un psychologue. Si vous souffrez ou si vous êtes en danger, vous n’êtes pas seule : le 3919 (violences conjugales, gratuit et anonyme), le 3114 (prévention du suicide, 24h/24), le 17 en urgence, ou l’application d’entraide The Sorority.

Quitter la version mobile