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TDAH : 10 remarques qu’il faut arrêter de faire aux concernés

TDAH 10 remarques qu’il faut arrêter de faire aux concernés

L’Optimisme ouvre un grand dossier sur le TDAH. Le trouble de l’attention concerne au bas mot 8 % des enfants et 4 % des adultes, et fait, comme tous les troubles de la santé mentale, face à de nombreux clichés et commentaires.

Nous avons demandé à Delphine Py, psychologue qui accompagne les patients sur ce sujet, de nous aider à les décrypter.

🩺À propos de Delphine Py : psychologue clinicienne, elle accompagne au quotidien des patients TDAH. Toutes les réponses aux 10 remarques ci-dessous viennent de son expertise terrain.

8 %
d’enfants concernés
+ 4 % des adultes

« Avec les réseaux sociaux, on a tous un trouble de l’attention »

Il n’y a pas plus de TDAH aujourd’hui qu’avant, mais notre style d’attention a changé.

Aujourd’hui nous sommes multi-tâches. Ecrans, jeux vidéo, réseaux sociaux, notifications : nous sommes beaucoup plus sollicités et distractibles. Trop utiliser les écrans n’est pas souhaitable voir même dommageable, mais à dose adaptée à l’âge de l’enfant, cela permet aussi de développer de nouvelles compétences. Tout est dans la mesure.

« Moi aussi, je procrastine, ce n’est pas pour ça que je dis que j’ai un TDAH »

Distractibilité, oublis, difficulté de concentration, impulsivité, difficulté à se mettre dans l’action, tout le monde peut vivre cela dans son quotidien sans qu’il ne soit question d’un TDAH. Du coup,

cela entraine une minimisation de la souffrance de la personne en souffre réellement.

« Moi aussi, ça me le fait ! », »ben c’est normal, ça arrive à tout le monde ! »

En réalité oui, tout le monde a déjà expérimenté cela, mais chez la personne présentant un TDAH, la fréquence et l’intensité sont beaucoup plus importantes.

Il existe aussi un impact négatif dans différents domaines de vie. Ce n’est pas comparable.

Tout le monde peut ressentir de la tristesse, mais ne souffre pas de dépression.

« Ce n’est pas une maladie ! »

Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental fréquent qui concerne environ 8% des enfants et 4 % des adultes. Il est classé dans le DSM 5 (MANUEL DIAGNOSTIQUE) comme un trouble. Il est question d’un dysfonctionnement cérébral. Certaines zones du lobe frontale ne fonctionnent pas normalement (notamment la zone qui s’occupe de l’inhibition et de planification). Et le striatum aurait une mauvaise communication entre les différentes structures le composant (zone qui s’occupe entre autres de l’inhibition). Le TDAH se caractérise par une difficulté persistante à moduler son attention qui entraine des erreurs d’inattention, une difficulté à se concentrer, à résister aux distractions, à planifier et organiser, se lancer dans l’action. Les personnes concernées sont aussi sujettes aux oublis de toutes nature et/ou perte d’objets. Il peut y avoir des difficultés à canaliser ses mouvements (hyperactivité motrice), ses comportements ou communication (impulsivité) et parfois aussi ses émotions. Les symptômes sont présents depuis l’enfance et persistent fréquemment à l’âge adulte, même si la plupart ont trouvé des stratégies compensatrices.

« Tu est sûr.e que t’as ça ? On ne dirait pas que tu es hyperactif / hyperactive ! »

Une personne présentant un TDAH n’est pas forcément hyperactive. Le DSM-5 regroupe les symptômes du TDAH en 3 types de présentation clinique :

  • Prédominance des symptômes d’inattention :
  • Prédominance des symptômes d’impulsivité-Hyperactivité
  • Ou présentation combinée.

En plus, l’hyperactivité peut être cognitive.

« Si tu avais un TDAH, tu l’aurais su plus tôt, non ? »

Pas forcément. Grâce aux stratégies mises en place, un TDAH peut passer inaperçu. Et ce trouble est relativement méconnu des soignants. Avoir un diagnostic, même tardif peut aider la personne à mieux se comprendre, accepter et assumer sa différence et ses difficultés. Ça offre une nouvelle grille de lecture et permet de moins se dévaloriser. Après le diagnostic, un traitement peut être mis en place, ainsi qu’un accompagnement psychologique. Le TDAH a un impact sur toutes les sphères de la vie : le travail, vie quotidienne, l’estime de soi, les relations sociales, relations amoureuses et amicales.

« Le TDAH, c’est à la mode »

Il n’y a pas plus de personnes présentant un TDAH qu’avant, mais il est plus diagnostiqué car nous connaissons mieux ce trouble et avons plus d’outils pour le détecter. Certains autres troubles qui peuvent entrainer des problèmes de concentration et d’attention, comme des troubles anxieux, burn-out, trouble de la personnalité peuvent être plus stigmatisés aujourd’hui.

« Ca ne serait pas une excuse pour justifier la paresse ? »

Les symptômes de ce trouble peuvent être pris pour de la paresse, un manque d’intérêt ou de motivation ou même à un problème d’éducation. C’est pourquoi il est important d’en parler pour informer sur ce trouble. Car présenter un TDAH peut avoir un impact important sur l’estime de soi, notamment lorsqu’il n’est pas diagnostiqué. La personne qui en souffre peut se croire incompétente, différentes des autres, moins bien, incapable ou inadaptée. Elle peut finir par croire elle-même qu’il s’agit de paresse et arrêter ans les efforts qu’elle produit au quotidien.

« Tu devrais faire des TO DO list , »tu devrais faire du sport » , »tu devrais apprendre à t’organiser », »tu devrais mieux manger »… Et les tu devrais en grand nombre ! »

Oui, c’est vrai ! mais c’est difficile. Justement car le TDAH est un trouble des fonctions exécutives, qui entraine :  

  • Difficulté à débuter une tâche : devoirs, rangement, dossier… procrastination
  • Mauvaise perception du temps : élasticité du temps
  • Difficulté à planifier les tâches et à s’organiser
  • Difficulté à se souvenir des éléments entendus et ou appris
  • Mémoire de travail fragile
  • Une certaine lenteur dans le traitement des informations
  • Difficulté à faire des taches rébarbatives et répétitives sans stimulation
  • Des difficultés à contrôler les émotions, notamment la frustration et l’anxiété
  • Un manque de flexibilité mentale

Être suivi par un psychologue spécialisé permet de mieux connaître les implications du trouble (psychoéducation) et de découvrir et tester des stratégies compensatrices.

Les thérapies cognitives et comportementales sont particulièrement adaptées pour apprendre à réguler les émotions et il existe des programmes d’entrainement par ordinateur pour travailler l’attention, la mémoire, l’impulsivité, la distractibilité et la flexibilité. La mise en place de routines peut aider au quotidien.

« Le TDAH, c’est un problème d’éducation »

Un enfant qui gigotte tout le temps, qui ne semble pas écouter et qui ne respecte pas les consignes, qui peut être impoli, couper la parole, parler sans y être invité, qui parle beaucoup et semble dissipé…  Oui, ça peut faire penser à un problème d’éducation. On aimerait le mettre dans le rang, le calmer, mais il n’en est tout simplement pas capable. Il ne le fait pas exprès ! Des stratégies comme lui permettre de bouger avec un ballon à la place d’une chaise, ou des élastiques sur les pieds de son siège, ou même le laisser debout peuvent l’aider à maintenir plus facilement son attention et être plus calme. On peut aussi l’aider à évaluer le temps grâce à ub timer ou une minuterie. De plus, ce sont des enfants qui ont besoin d’un cadre ferme et bienveillant et de beaucoup de valorisation. Il réagit bien au petit contrat ou défi et au renforcement positif. Le bilan diagnostic permet des adaptations scolaires à discuter entre l’établissement, les parents et le psy ou médecin.

« Tu n’as pas besoin de médicament pour ça ! Ca va te flinguer le cerveau ! »

Le Trouble déficitaire de l’attention est un trouble complexe qui nécessite une prise en charge sur plusieurs plans :

  • Une bonne hygiène de vie (sommeil, alimentation, sport),
  • de la psychoéducation,
  • une psychothérapie cognitive et comportementale,
  • la mise en place de stratégies d’adaptation,
  • la rééducation attentionnelle
  • et certaines fois, la prise de médicament, mais ce n’est pas systématique.

Les médicaments sont souvent des psychostimulants qui stimulent le système nerveux centrale pour réguler la chimie du cerveau. En augmentant les actions des neurotransmetteurs ( la noradrénaline et la dopamine). Ils permettent dans 70% des cas de réduire les symptômes et d’améliorer le fonctionnement pour permettre à la personne d’accéder à son plein potentiel. Ils ne permettent pas de guérir. Mais de limiter les conséquences négatives. Tout comme des lunettes corrige la vue. Mais chaque cas est analysé et le médecin prescripteur évalue la pertinence de sa mise en place en fonction des bénéfices et les risques.

Aller plus loin sur le TDAH

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Par Catherine Testa, Michel Lafon (2024)

Le témoignage personnel de Catherine, diagnostiquée à 34 ans. Comprendre le trouble, déconstruire les clichés, trouver ses propres stratégies. Le livre de référence pour la communauté TDAH francophone.

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Pour conclure

Si vous reconnaissez l’une de ces 10 remarques, dans votre bouche ou dans celle de votre entourage, c’est déjà un grand pas. Le TDAH n’est pas un caprice, ni un effet de mode, ni une excuse. C’est un trouble neurodéveloppemental bien identifié par la science, qui mérite la même bienveillance et le même sérieux que n’importe quelle autre condition de santé.

La vraie générosité, ce n’est pas de minimiser ou de comparer. C’est d’écouter, de croire la personne quand elle dit ce qu’elle vit, et de l’accompagner sans jugement. Si vous êtes vous-même concerné, sachez que vous n’êtes pas seul. Catherine Testa partage son parcours et ses outils sur tdah.io, le site dédié à la communauté TDAH francophone.

Et si la situation est lourde, n’hésitez jamais à consulter un professionnel formé au TDAH. Un bon diagnostic, des outils adaptés et parfois un traitement bien réglé peuvent changer une vie.

Questions fréquentes sur le TDAH

Le TDAH n’est pas une maladie, c’est un trouble neurodéveloppemental. Le cerveau fonctionne autrement dès la naissance, ce n’est ni un manque d’éducation ni un défaut de volonté.
Le TDAH adulte n’est pas plus fréquent qu’avant, il est mieux diagnostiqué. Pendant longtemps, on pensait qu’il s’agissait uniquement d’un trouble de l’enfance. La recherche a montré qu’il persiste à l’âge adulte chez environ deux personnes sur trois.
Non. Les personnes TDAH déploient souvent plus d’efforts que les autres pour produire le même résultat. La fatigue, le doute et la honte sont des compagnons fréquents. La paresse n’a rien à voir, c’est un cerveau qui fonctionne autrement.
Le méthylphénidate, prescrit dans le TDAH, est très étudié depuis plus de 60 ans. Bien dosé et bien suivi, il améliore la vie de nombreux patients sans dégrader le cerveau. La décision se prend toujours avec un médecin spécialisé.
Un psychiatre formé au TDAH adulte ou un neuropsychologue. Le parcours peut être long, alors mieux vaut anticiper. Voir notre guide pour trouver le bon professionnel de santé mentale.

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