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Procrastination : pourquoi on remet tout à demain, et comment s’en sortir

procrastination
⏱ Temps de lecture : 9 min

Il est 22 heures. Le dossier attend depuis quatre jours. Vous y pensez toutes les heures, vous savez exactement ce qu’il faudrait écrire, et vous venez de ranger la cuisine à la place. Vous vous couchez en vous traitant de fainéant.

Ce jugement est faux, et la recherche le dit depuis vingt ans. La procrastination désigne le report volontaire d’une action que vous aviez décidée, alors que vous anticipez déjà ce que ce report va vous coûter. Elle ne mesure ni votre courage, ni votre valeur, ni votre discipline.

Nous avons lu ce qui circule en français sur le sujet. Les mêmes conseils reviennent depuis dix ans, presque aucune source n’est citée, et le lecteur ressort souvent plus coupable qu’avant. Nous prenons le chemin inverse. Chaque chiffre porte ici la population sur laquelle il a été mesuré, chaque méthode porte le nom de la personne qui l’a inventée, et personne ne se fait traiter de paresseux.

Procrastination : quelle est la définition exacte ?

La procrastination est le report volontaire d’une action prévue, alors que la personne s’attend à être perdante à cause de ce report. Cette définition vient du chercheur canadien Piers Steel, qui a passé en revue plusieurs centaines d’études pour sa méta-analyse publiée dans Psychological Bulletin en 2007.

Trois conditions doivent être réunies. Retirez-en une seule, et le mot ne s’applique plus.

1
Le report est volontaire

Une panne d’ordinateur, un enfant malade, un collègue qui ne renvoie pas le fichier attendu, rien de tout cela ne relève de la procrastination. Vous n’avez pas choisi.

2
L’action avait vraiment été décidée

Elle figurait dans votre journée, avec une intention derrière. Une vague envie de trier ses photos de vacances ne compte pas.

3
Vous savez que ça va vous coûter

C’est le critère décisif. Vous anticipez la conséquence désagréable et vous reportez quand même. Steel parle pour cette raison d’une défaillance d’autorégulation, pas d’un calcul rationnel.

📖 Définition
Procrastination
du latin pro, en avant, et crastinus, de demain
Report volontaire d’une action prévue, malgré l’anticipation d’une conséquence défavorable. Le terme s’applique à une conduite, jamais à une personne.
Exemple : repousser une déclaration administrative dont vous connaissez la date limite, tout en sachant que la pénalité tombera.
D’après Steel, P. (2007), Psychological Bulletin, 133(1)

Une précision compte énormément pour la suite. Tout report n’est pas de la procrastination. La psychologue allemande Katrin Klingsieck a formalisé en 2013, dans European Psychologist, la notion de délai fonctionnel : attendre une information manquante, laisser reposer une décision lourde, refuser une tâche qu’on vous a imposée sans discussion, tout cela relève de l’intelligence pratique.

Un article qui traite tout report comme un défaut se trompe, tout simplement.

D’où vient le mot procrastination ?

Le mot procrastination vient du latin pro, qui veut dire en avant, et crastinus, qui veut dire de demain. Reporter au lendemain, littéralement. L’étymologie dit déjà l’essentiel : le geste consiste à pousser la chose devant soi, pas à la refuser.

Le smartphone n’a rien inventé. Le poète grec Hésiode, dans Les Travaux et les Jours, mettait déjà ses contemporains en garde contre l’habitude de remettre le travail au lendemain. Le texte remonte à environ huit siècles avant notre ère.

Côté science, le sujet est travaillé depuis les années 1930, et la méta-analyse de Piers Steel agrège plusieurs centaines de publications. Nous ne parlons donc pas d’une lubie contemporaine née des réseaux sociaux, mais d’une conduite humaine documentée et stable.

ℹ️ Le saviez-vous ? Le vocabulaire français est plus riche qu’on ne le croit sur ce terrain. Atermoiement, temporisation, tergiversation, akrasie, autant de mots qui décrivent des nuances différentes du même geste. Le français dit « procrastinateur », jamais « procrastineur ».

Le moteur est émotionnel : pourquoi remettez-vous à demain ?

On ne repousse pas une tâche par manque de temps. On la repousse parce qu’elle produit un inconfort immédiat, et parce que le report fait disparaître cet inconfort tout de suite. La procrastination répare une humeur à court terme, au prix du soi de la semaine prochaine. Ce modèle a été formulé par Fuschia Sirois et Timothy Pychyl en 2013, et il domine la recherche depuis.

Regardez la mécanique de près. La tâche approche, un inconfort monte (ennui, peur du jugement, sentiment de ne pas être à la hauteur, impression que ce sera trop long), vous faites autre chose, et le soulagement arrive dans la seconde. Votre cerveau enregistre que l’évitement fonctionne. Le lendemain, la même tâche déclenche un inconfort un peu plus fort.

Chaque report rend le report suivant plus probable, et c’est la raison pour laquelle la volonté seule ne suffit jamais.

Ce mécanisme explique aussi pourquoi les tâches repoussées ne sont presque jamais les plus longues. Ce sont les plus menaçantes pour l’estime qu’on se porte. Envoyer un devis, montrer un travail créatif, appeler un client mécontent, préparer un entretien. La difficulté technique compte peu, l’exposition compte beaucoup.

⚠️ Le point à retenir : le procrastinateur ne se trompe pas sur le court terme, il paie plus tard. Dianne Tice et Roy Baumeister l’ont montré en 1997 dans Psychological Science, sur deux études longitudinales menées auprès d’étudiants américains. En début de semestre, les étudiants qui repoussaient déclaraient moins de stress et moins de maladies que les autres. En fin de semestre, ils en déclaraient nettement plus, avec des notes inférieures, et un bilan de santé globalement plus lourd sur l’ensemble de la période.

Une seule étude du corpus scientifique porte sur une population francophone. Caroline Senécal, Richard Koestner et Robert Vallerand ont suivi 498 étudiants de cégep québécois en 1995, et leur conclusion tient en une phrase : la procrastination relève d’abord de la motivation et de l’autorégulation, pas seulement de la gestion du temps.

Autrement dit, vous pouvez acheter le meilleur agenda du marché. Tant que l’émotion qui déclenche l’évitement n’est pas traitée, l’agenda reste vide au bon endroit.

À lire aussi Pourquoi je procrastine : les vraies causes, et elles ne sont pas celles qu’on croit

Que lit-on partout sur la procrastination, et qui est faux ?

Le contenu français sur la procrastination se recopie de site en site, erreurs comprises. Personne ne vérifie, parce que personne ne cite. Deux affirmations reviennent partout, et toutes les deux tombent dès qu’on remonte à leur origine.

Nous ne visons ici aucun auteur en particulier. Un recopiage en chaîne n’est pas un mensonge, c’est un réflexe d’époque. Reste que le lecteur mérite mieux.

🔎 Ce qu’on lit partout, et qui est faux

Affirmation n°1 : « L’OMS considère la procrastination comme une maladie mondiale qui coûte des milliards par jour. »
D’où elle vient : d’un article de blog français repris ensuite de site en site, sans la moindre référence, jamais.
Pourquoi c’est faux : l’Organisation mondiale de la santé n’a jamais publié cette qualification ni ce chiffre. La Classification internationale des maladies (CIM-11, en vigueur depuis 2022) ne comporte aucune entrée « procrastination ».
Ce qui est vrai à la place : la recherche décrit la procrastination comme une défaillance d’autorégulation, et non comme une maladie (Steel, Psychological Bulletin, 2007).

Affirmation n°2 : « 95 % des gens procrastinent. »
D’où elle vient : d’Albert Ellis et William Knaus, Overcoming Procrastination, 1977, qui avançaient une fourchette de 80 à 95 %.
Pourquoi c’est faux : ce chiffre portait sur des étudiants américains, en auto-déclaration, et il a bientôt cinquante ans. Le glissement s’est fait quand « les étudiants interrogés » est devenu « la population ».
Ce qui est vrai à la place : environ 20 % de procrastinateurs chroniques, mesurés sur des échantillons d’adultes américains (Harriott et Ferrari, 1996).

Le mécanisme se répète sur une dizaine d’autres affirmations : l’attention humaine plus courte que celle du poisson rouge, les 21 jours pour installer une habitude, les 3 % de gens qui écrivent leurs objectifs. Toutes circulent en français, aucune ne tient.

Notre enquête Procrastination : 10 affirmations qu’on lit partout en France, et qui sont fausses

Procrastination ou paresse : comment faire la différence ?

La paresse et la procrastination produisent le même résultat visible, une tâche non faite, et reposent sur des états intérieurs opposés. La personne paresseuse ne veut pas fournir l’effort. La personne qui procrastine veut le fournir, se le reproche de ne pas y arriver, et y pense sans arrêt.

Ce qu’on observeLa paresseLa procrastination
Le désir d’agirAbsent, assuméBien présent, parfois envahissant
L’effort fourni ailleursFaible partoutSouvent intense sur d’autres tâches
L’état émotionnelTranquille, sans tensionCulpabilité, angoisse, rumination
Le rapport au tempsLe temps ne pèse pasLe temps pèse en permanence
La portéeGénéraleCiblée sur certaines tâches seulement
Ce que la personne en ditElle n’en parle pasElle en parle beaucoup, et mal d’elle

Le dernier critère du tableau est le plus utile au quotidien. La procrastination est contextuelle, pas dispositionnelle. Un chirurgien qui n’a jamais repoussé une opération de sa vie repousse depuis huit mois l’appel à son assureur. Un commercial redoutable d’efficacité laisse traîner sa déclaration de revenus.

Le coach français Michaël Ferrari, qui accompagne des personnes sur ce sujet depuis des années, le résume ainsi dans Stop à la procrastination (2014) : « elles ne sont pas fainéantes et ne manquent pas de volonté ».

Nous consacrons un article entier à cette distinction, avec les signaux qui permettent de trancher dans votre propre cas : procrastination ou paresse, la vraie différence.

Combien de personnes procrastinent vraiment ?

Environ 20 % des adultes interrogés se décrivent comme des procrastinateurs chroniques. Ce chiffre vient de Harriott et Ferrari (1996) et il a été mesuré sur des échantillons d’adultes américains. Il reste, à ce jour, la donnée la plus proche d’une population adulte générale.

20 %
des adultes interrogés se décrivent comme procrastinateurs chroniques, c’est-à-dire sur la plupart des tâches et depuis longtemps.
Harriott et Ferrari, 1996, échantillons d’adultes américains

Ce chiffre a une conséquence immédiate. Repousser un dossier trois soirs de suite ne fait de personne un procrastinateur chronique. La grande majorité des gens vit des épisodes de report, pas un fonctionnement permanent.

Reste un trou béant, et il vaut la peine de le dire clairement. Il n’existe aujourd’hui aucune donnée française récente sur la procrastination. Ni sur la population générale, ni au travail. La seule étude francophone repérée dans la littérature porte sur 498 étudiants de cégep québécois, et elle date de 1995.

Quand un site français avance un pourcentage sur « les Français », il transpose donc un chiffre américain mesuré sur des étudiants. Nous préférons vous le dire plutôt que d’ajouter un faux chiffre de plus au tas.

Faute de statistique française fiable, le plus utile reste encore de vous situer vous-même. Notre test de procrastination en ligne vous donne un profil en quelques minutes, et il distingue surtout le report ponctuel du report installé.

Quand remettre à demain devient-il une bonne décision ?

Reporter est parfois la meilleure décision de la journée. Klingsieck appelle cela un délai fonctionnel, et trois situations le justifient sans discussion : il vous manque une information déterminante, la décision engage sur plusieurs années, ou la tâche vous a été imposée sans qu’on vérifie qu’elle avait un sens.

L’auteur américain Brian Tracy pousse l’idée plus loin avec ce qu’il appelle la procrastination créative. Sa proposition consiste à choisir délibérément ce que vous ne ferez pas, et à l’assumer. Il parle de postériorités, l’exact inverse des priorités.

💡 Astuce : avant d’ouvrir votre liste de tâches demain matin, écrivez deux lignes sous le titre « ce que je ne ferai pas cette semaine, et j’assume ». Cette liste-là soulage plus que la liste des choses à faire, et elle protège l’énergie qui servira au reste.

Une dernière nuance mérite d’être posée, parce qu’elle change le regard qu’on porte sur soi. Un épisode de report face à une tâche particulièrement difficile n’a rien à voir avec un report installé sur presque tout, depuis des années, avec des conséquences concrètes sur la santé, l’argent ou les relations. Le premier cas relève de la vie normale. Le second mérite qu’on en parle à un professionnel.

Entre les deux, une consigne simple aide beaucoup : arrêtez de vous présenter comme « procrastinateur chronique » en soirée. L’étiquette transforme une conduite passagère en identité, et une identité se défend au lieu de se changer.

Un cas revient si souvent qu’il porte son propre nom, le report du coucher. Vous êtes épuisé, vous savez qu’il faudrait dormir, et vous restez quand même devant l’écran. Nous avons consacré un article entier à ce que déclenche la procrastination du coucher, parce que ses ressorts diffèrent de ceux du report d’une tâche de travail.

Quelles sont les méthodes anti-procrastination, et qui en sont les vrais auteurs ?

Les mêmes cinq méthodes reviennent dans tous les contenus français sur la procrastination, presque toujours sans attribution ou avec une attribution fausse. Rendre à chacun ce qui lui revient permet aussi de comprendre ce que chaque méthode fait réellement.

MéthodeÀ qui on la doitCe qu’elle dit
PomodoroFrancesco Cirillo25 minutes de travail, 5 de pause, une pause longue toutes les quatre séries
Règle des 2 minutesDavid Allen, Getting Things DoneToute tâche qui prend moins de deux minutes se traite immédiatement
Loi de ParkinsonCyril Northcote ParkinsonLe travail s’étend jusqu’à occuper tout le temps disponible
Loi des 80/20Observation de Vilfredo Pareto (1895), formulation « 80/20 » due à Joseph JuranUne minorité d’activités produit la majorité des résultats
Manger la grenouilleBrian Tracy, Eat That Frog!La tâche la plus importante et la plus repoussée se traite en premier le matin
🧐 Un détail que toute la page 1 de Google rate : vous lirez partout que Mark Twain aurait conseillé de manger une grenouille vivante le matin. Nous avons ouvert le livre de Brian Tracy, qui est la source de cette histoire. Il écrit « il a été dit que ». Il n’attribue rien à Mark Twain, et aucune trace de cette phrase n’existe dans l’œuvre de Twain. L’attribution est née après le livre, dans les résumés qui en ont été faits.

Un mot sur ce que ces méthodes font vraiment. Le minuteur de Cirillo ne sert pas à mesurer le temps, il sert à vous donner l’autorisation d’arrêter. C’est cette autorisation qui permet de commencer. Présentée ainsi, la technique tient beaucoup mieux dans la durée que sous sa forme habituelle de course contre la montre.

Comment arrêter de procrastiner sans vous faire violence ?

La sortie ne passe pas par la discipline pure. Elle passe par le traitement de l’inconfort qui déclenche l’évitement, puis seulement par la technique. Le Centre for Clinical Interventions, service public de santé de l’État d’Australie-Occidentale, construit tout son programme d’aide sur cet ordre précis.

🎯 Nommez l’inconfort avant la tâche

Trente secondes suffisent. Quelle émotion monte quand vous pensez à cette tâche ? De l’ennui, de la peur du jugement, un sentiment d’injustice ? La réponse détermine le levier utile. On ne traite pas un ennui comme on traite une peur.

👣 Engagez-vous sur un geste, pas sur la tâche

Ne vous promettez pas de rédiger le rapport. Promettez-vous d’ouvrir le fichier et d’écrire le titre. Le geste doit être physique, observable, et durer moins de dix secondes. C’est le seuil de départ qui bloque, presque jamais la suite.

⏱ Donnez-vous le droit d’arrêter

Réglez un minuteur sur dix minutes et autorisez-vous à tout lâcher à la sonnerie, sans négociation et sans culpabilité. Dans la majorité des cas, vous continuerez. Et les fois où vous arrêterez, vous aurez quand même avancé de dix minutes.

🧹 Comptez les gestes qui vous séparent du travail

Combien de gestes entre vous et la bonne tâche ? Combien entre vous et la mauvaise ? Laissez le dossier ouvert la veille, sortez le téléphone de la pièce, déplacez l’application hors du premier écran. L’environnement décide plus souvent que la volonté.

Une cinquième chose compte autant que les quatre précédentes, et elle est absente de presque tous les contenus français. Le discours dur envers vous-même aggrave le problème au lieu de le résoudre. Se traiter de nul après une journée perdue augmente l’inconfort lié à la tâche, donc augmente la probabilité de l’éviter encore demain.

La bienveillance envers soi n’est pas une faveur qu’on s’accorde. Elle fait baisser le niveau d’émotion négative attaché à la tâche, et une tâche moins menaçante se démarre plus facilement. Le reste suit.

Enfin, deux cas particuliers méritent un traitement à part. Quand le report tient au fonctionnement attentionnel et à la paralysie du démarrage, notre média tdah.io traite la paralysie exécutive et le TDAH en profondeur. Quand il se joue en équipe, avec des priorités floues et des circuits de validation interminables, loptimisme.pro l’aborde du côté de l’organisation du travail plutôt que du côté des personnes.

Un troisième cas mérite d’être nommé. Beaucoup de tâches repoussées ne sont pas les vôtres au départ, elles vous ont été confiées parce que vous n’avez pas su refuser. Apprendre à poser un refus clair sans agresser ni vous écraser libère alors plus de temps que n’importe quelle méthode d’organisation.

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Catherine Testa, autrice et conférencière, fondatrice de L’Optimisme

Ce qu’il faut retenir sur la procrastination

La procrastination ne dit rien de votre valeur. Elle décrit un moment où l’inconfort produit par une tâche l’emporte sur l’envie de la faire, et où le report soulage immédiatement. Ce soulagement est réel, il est simplement très mal placé dans le temps.

Trois idées suffisent à changer la donne. Traitez l’émotion avant la technique. Engagez-vous sur un geste minuscule plutôt que sur la tâche entière. Cessez de vous parler comme vous ne parleriez à personne d’autre. Ces trois gestes valent mieux que dix applications de productivité.

Et gardez en tête que certains reports sont sains. Une décision qui mûrit, une information qui manque, une tâche imposée sans raison, tout cela mérite d’attendre. La question utile n’est jamais « pourquoi je n’y arrive pas », elle est « qu’est-ce que cette tâche me fait ressentir ».

Repousser une tâche, c’est très souvent se protéger. Le travail commence quand on comprend de quoi.
L’équipe de L’Optimisme

Questions fréquentes sur la procrastination

La procrastination est le report volontaire d’une action prévue, alors que la personne s’attend à être perdante à cause de ce retard. Cette définition vient de la méta-analyse de Piers Steel publiée dans Psychological Bulletin en 2007. Les trois critères qui la composent sont le caractère volontaire du report, le fait que l’action avait été décidée, et l’anticipation d’une conséquence défavorable.
Non. Aucune classification médicale internationale ne reconnaît la procrastination comme une maladie, et la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé ne comporte aucune entrée à ce nom. La recherche la décrit comme une défaillance d’autorégulation. Elle peut en revanche accompagner d’autres difficultés, comme un état dépressif ou une forte anxiété, et un avis médical se justifie alors pleinement.
La paresse suppose une absence de désir d’agir, vécue sans tension. La procrastination suppose au contraire un désir d’agir bien présent, accompagné de culpabilité et de rumination. La personne qui procrastine fournit souvent des efforts importants ailleurs, au même moment. C’est le signe le plus fiable pour trancher.
Environ 20 % des adultes interrogés se décrivent comme procrastinateurs chroniques, d’après Harriott et Ferrari (1996), sur des échantillons d’adultes américains. Le chiffre de 95 % qui circule partout vient d’une étude de 1977 menée sur des étudiants, en auto-déclaration, et il a été transposé abusivement à la population générale. Aucune donnée française récente n’existe sur le sujet.
Parce que la difficulté ne porte pas sur le savoir-faire, mais sur l’émotion déclenchée par la tâche. Ennui, peur du jugement, sentiment d’injustice, crainte de mal faire. Le report supprime cette émotion dans l’instant, ce qui le rend très efficace à court terme. Savoir quoi faire ne change rien à l’inconfort ressenti au moment de commencer.
La sensation d’efficacité est réelle, le résultat l’est beaucoup moins. Tice et Baumeister (1997) ont observé chez des étudiants américains des notes inférieures et un bilan de santé plus lourd sur l’ensemble d’un semestre. L’urgence produit surtout de la concentration par élimination : elle supprime les alternatives, elle n’améliore pas la qualité du travail.
Quand le report devient permanent, qu’il touche presque toutes les tâches, qu’il dure depuis des années et qu’il produit des conséquences concrètes sur votre santé, votre argent, votre travail ou vos relations. Un accompagnement psychologique aide très bien sur ce terrain, en particulier quand une anxiété importante s’y ajoute. Notre article sur apprendre à être moins anxieux donne des premières pistes. Cet article informe, il ne remplace ni l’avis d’un médecin ni celui d’un psychologue.
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Sources
  1. Steel, Piers. 2007. The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65-94.
  2. Tice, Dianne M. et Baumeister, Roy F. 1997. Longitudinal Study of Procrastination, Performance, Stress, and Health. Psychological Science, 8(6), 454-458.
  3. Harriott, Jesse et Ferrari, Joseph R. 1996. Prevalence of Procrastination among Samples of Adults. Psychological Reports, 78(2).
  4. Sirois, Fuschia M. et Pychyl, Timothy A. 2013. Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation. Social and Personality Psychology Compass, 7(2).
  5. Klingsieck, Katrin B. 2013. Procrastination: When Good Things Don’t Come to Those Who Wait. European Psychologist, 18(1), 24-34.
  6. Senécal, Caroline, Koestner, Richard et Vallerand, Robert J. 1995. Self-Regulation and Academic Procrastination. The Journal of Social Psychology, 135(5).
  7. Ellis, Albert et Knaus, William J. 1977. Overcoming Procrastination. New York, Institute for Rational Living.
  8. Centre for Clinical Interventions, Department of Health, Government of Western Australia. Put Off Procrastinating. cci.health.wa.gov.au
  9. Organisation mondiale de la santé. 2022. Classification internationale des maladies, 11e révision. icd.who.int
À propos de l’auteur
L’équipe de L’Optimisme
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Directrice de la rédaction
Catherine Testa
Catherine Testa est entrepreneuse, conférencière et autrice de six livres, dont TDAH et alors ? (Michel Lafon, 2024). Elle dirige le média L’Optimisme, qu’elle a fondé en 2016, et intervient en entreprise sur l’optimisme, la santé mentale et le bien-être au travail. Diagnostiquée TDAH à 34 ans, elle aborde ces sujets depuis son propre vécu et depuis la réalité du terrain.
📚 Autrice de six livres 🎤 Conférencière 🌐 catherinetesta.com
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