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Procrastination : 10 affirmations qu’on lit partout en France, et qui sont fausses

idées reçues procrastination
⏱ Temps de lecture : 9 min

Les idées reçues sur la procrastination se recopient d’un article à l’autre depuis vingt ans. L’OMS qui aurait classé le report en maladie mondiale. Les 95 % de la population concernée. L’attention plus courte que celle d’un poisson rouge. Les 21 jours pour installer une habitude. Nous avons voulu savoir d’où sortaient ces chiffres.

Notre équipe a lu 24 ouvrages, cahiers d’exercices et travaux universitaires consacrés au sujet, dont cinq sources francophones qui totalisent environ 45 000 mots. Le résultat nous a surpris : pas une seule étude correctement sourcée du côté français. Les auteurs se citent entre eux, et personne ne remonte jamais à l’origine.

Nous reprenons donc dix affirmations, une par une. Pour chacune : ce qu’on lit, d’où elle vient réellement, pourquoi elle est fausse, et ce qui est vrai à la place, avec sa source et sa date. Nous nous en prenons aux affirmations, jamais aux personnes.

⚠️
En résumé : parmi les dix affirmations les plus répandues en français sur la procrastination, aucune ne résiste à une vérification à la source. L’OMS n’a jamais publié sur la procrastination. Les 95 % concernent des étudiants américains interrogés en 1977. Les 21 jours viennent d’un livre de chirurgie esthétique de 1960. Mark Twain n’a jamais parlé de grenouille.

Pourquoi autant d’idées reçues circulent-elles sur la procrastination ?

Les idées reçues sur la procrastination circulent parce que le contenu francophone se recopie sans vérifier. Sur environ 45 000 mots de sources françaises analysées en juillet 2026, notre équipe n’a trouvé aucune étude correctement sourcée.

Le corpus francophone que nous avons dépouillé se compose d’un livre édité chez un vrai éditeur, d’un ebook auto-publié, d’une compilation de blogueurs offerte contre une adresse mail, d’un e-book gratuit et d’un exposé étudiant. Les seules références nommées dans l’ensemble sont Francesco Cirillo, David Allen, Alan Lakein, Tim Ferriss, Newton, Pavlov et Wikipédia.

0
étude correctement sourcée dans environ 45 000 mots de contenu francophone consacré à la procrastination.
Analyse maison de L’Optimisme, 24 documents dépouillés, juillet 2026

Le mécanisme n’a rien d’un complot. Un blog reprend une phrase entendue en conférence. Un article de magazine reprend le blog. Un ebook reprend l’article. Trois maillons plus loin, l’affirmation a l’air d’un fait établi parce qu’on la retrouve partout. Personne n’a menti. Personne n’a vérifié non plus.

Ce que nous trouvons plus gênant, c’est que le seul ouvrage réellement édité de notre corpus dit souvent l’inverse du discours dominant. Michaël Ferrari, coach et auteur de Stop à la procrastination, c’est malin (Leduc.s, 2014), invite dès sa page 24 à prendre 100 % de responsabilité sans culpabilité ni jugement. Les textes les plus diffusés, eux, parlent d’ennemi, de fléau et de faute personnelle.

L’OMS a-t-elle classé la procrastination comme une maladie mondiale ?

Non. L’Organisation mondiale de la santé n’a jamais publié de texte classant la procrastination comme une maladie, ni chiffré son coût. Cette affirmation ne renvoie à aucun document consultable, nulle part.

Ce qu’on lit : « L’OMS considère la procrastination comme une maladie mondiale qui coûte des milliards par jour. »

D’où ça vient : d’un ebook francophone gratuit, sans la moindre référence, repris ensuite par des dizaines de pages web. Aucun des textes qui la reprennent ne cite un rapport, une date ou un numéro de publication.

Pourquoi c’est faux : la procrastination ne figure ni dans la CIM-11, la classification internationale des maladies de l’OMS entrée en vigueur en 2022, ni dans le DSM-5-TR, le manuel de référence de la psychiatrie américaine. Un comportement peut être étudié sans être une maladie.

Ce qui est vrai à la place : la littérature scientifique décrit la procrastination comme une défaillance d’autorégulation. C’est le cadre posé par Piers Steel dans sa méta-analyse de plusieurs centaines d’études, publiée dans Psychological Bulletin en 2007. Une défaillance d’autorégulation se travaille. Une maladie mondiale, on ne sait pas quoi en faire.

95 % des gens procrastinent-ils vraiment ?

Non. Le chiffre vient d’Albert Ellis et William Knaus, en 1977, et porte sur des étudiants américains interrogés en auto-déclaration. Chez des adultes, la proportion de procrastinateurs chroniques tourne plutôt autour de 20 %.

Ce qu’on lit : « 95 % des gens procrastinent. »

D’où ça vient : de l’ouvrage Overcoming Procrastination d’Albert Ellis et William Knaus, paru en 1977. Les auteurs donnent une fourchette de 80 à 95 %, chez des étudiants, sur la base de ce que ces étudiants déclarent eux-mêmes.

Pourquoi c’est faux : le mot « étudiants » a disparu en route et s’est transformé en « la population ». Nous avons retrouvé le glissement en direct dans un support universitaire canadien de notre corpus, qui cite la même source et écrit « the population ». Ajoutons que la donnée a bientôt cinquante ans.

Ce qui est vrai à la place : le chiffre le moins fragile disponible sur des adultes vient de Jesse Harriott et Joseph Ferrari, publié dans Psychological Reports en 1996 : environ 20 % de procrastinateurs chroniques. Échantillons américains de convenance, la précision compte.

20 %
d’adultes seraient des procrastinateurs chroniques, le seul ordre de grandeur mesuré hors population étudiante.
Harriott et Ferrari, Psychological Reports, 1996
ℹ️
La règle qui manque partout : un chiffre sur la procrastination se cite toujours avec sa population. Étudiants américains de 1977 et adultes français de 2026, cela n’a rien à voir. C’est exactement là que tout le web se trompe.

Notre attention est-elle inférieure à celle d’un poisson rouge ?

Non. Les 8 secondes viennent d’une infographie publiée par Microsoft Canada en 2015, pas d’une étude. Microsoft s’appuyait sur une société tierce qui n’a jamais pu fournir sa source.

Ce qu’on lit : « Notre capacité d’attention est passée de 12 à 8 secondes, soit moins qu’un poisson rouge. »

D’où ça vient : d’un rapport marketing intitulé Attention Spans, diffusé par Microsoft Canada au printemps 2015 et relayé par la presse internationale, dont Time et The Telegraph.

Pourquoi c’est faux : la BBC a remonté la chaîne en 2017. Le chiffre ne venait pas des travaux de Microsoft, il figurait dans un encadré alimenté par une société appelée Statistic Brain, incapable de produire la moindre source. La donnée sur le poisson rouge est tout aussi introuvable. Microsoft a retiré le document de son site.

Ce qui est vrai à la place : l’attention ne se mesure pas par une durée universelle. Elle dépend de la tâche, de l’intérêt et du contexte, comme l’explique la psychologue Gemma Briggs (Open University) dans l’enquête de la BBC en 2017. Quelqu’un qui regarde une série trois heures d’affilée n’a pas huit secondes d’attention.

Mark Twain a-t-il dit qu’il fallait manger la grenouille le matin ?

Non. Aucun écrit de Mark Twain ne contient cette phrase. Brian Tracy, qui a popularisé l’image dans Eat That Frog!, écrit lui-même « il a été dit que » et n’attribue rien à Twain.

Ce qu’on lit : « Comme disait Mark Twain, mangez une grenouille vivante dès le matin et rien de pire ne vous arrivera de la journée. »

D’où ça vient : l’attribution à Twain apparaît dans la presse américaine à la fin des années 1980, près de quatre-vingts ans après sa mort. Elle s’est ensuite collée au livre de Brian Tracy, Eat That Frog!, alors que l’édition 2017 de cet ouvrage se contente d’une formule d’évitement.

Pourquoi c’est faux : les chercheurs qui ont dépouillé l’œuvre, la correspondance et les discours de Twain n’ont rien trouvé. La citation lui a été prêtée, jamais écrite par lui.

Ce qui est vrai à la place : la formule est française et bien plus ancienne. Nicolas Chamfort la rapporte dans ses Maximes et pensées, publiées en 1795, en la prêtant à M. de Lassay. Il y est question d’un crapaud, pas d’une grenouille, et l’idée tient en une ligne.

Il faut avaler un crapaud tous les matins, lorsqu’on doit aller dans le monde.

Nicolas Chamfort, Maximes et pensées, 1795

Autrement dit, le conseil de productivité le plus vendu du monde anglo-saxon est un mot d’esprit de salon parisien du XVIIIe siècle. Nous trouvons cela plutôt réjouissant.

Faut-il vraiment 21 jours pour installer une habitude ?

Non. Les 21 jours viennent d’un livre de chirurgie esthétique paru en 1960, pas d’une étude sur les habitudes. La seule mesure en conditions réelles donne une médiane de 66 jours.

Ce qu’on lit : « Il faut 21 jours pour installer une nouvelle habitude. »

D’où ça vient : de Psycho-Cybernetics, publié en 1960 par le chirurgien esthétique Maxwell Maltz. Il y observe qu’un patient met « au minimum 21 jours » à s’habituer à son nouveau visage après une opération. Le sujet n’était ni le sport, ni la lecture, ni le ménage.

Pourquoi c’est faux : le mot « minimum » a sauté, le contexte chirurgical aussi. Une observation clinique sur l’image de soi est devenue une loi universelle de la formation des habitudes.

Ce qui est vrai à la place : Phillippa Lally et son équipe de l’University College London ont suivi 96 personnes pendant douze semaines, chacune adoptant un nouveau comportement quotidien. La médiane s’établit à 66 jours, avec une étendue de 18 à 254 jours selon la personne et le comportement choisi (European Journal of Social Psychology, 2010). Détail rassurant : rater une journée n’a pas cassé la progression.

66
jours en médiane pour qu’un comportement quotidien devienne automatique, de 18 à 254 jours selon les personnes.
Lally et coll., European Journal of Social Psychology, 2010, 96 participants suivis 12 semaines

3 % des gens écrivent-ils leurs objectifs et réussissent-ils 10 fois plus ?

Non. L’étude de Yale citée à l’appui n’existe pas. Les archivistes de l’université ont cherché, le secrétaire de la promotion 1953 aussi. Personne n’a jamais reçu ce questionnaire.

Ce qu’on lit : « En 1953, 3 % des diplômés de Yale avaient des objectifs écrits. Vingt ans plus tard, ils avaient gagné plus que les 97 % restants réunis. »

D’où ça vient : de conférenciers et d’auteurs de développement personnel, dont Brian Tracy, qui la reprennent sans référence. Selon les versions, l’étude est attribuée à Yale en 1953 ou à Harvard dans les années 1970.

Pourquoi c’est faux : le magazine Fast Company a mené l’enquête en 1996. Beverly Waters, archiviste de Yale, a procédé à une vérification systématique et n’a rien trouvé. Le secrétaire de la promotion 1953 a interrogé ses camarades : aucun n’avait jamais rempli un tel questionnaire.

Ce qui est vrai à la place : la fixation d’objectifs a bien été testée, et son effet documenté est réel mais autrement plus modeste. Peter Gröpel et Piers Steel ont évalué trois leviers sur un très large échantillon, la fixation d’objectifs, le rehaussement de l’intérêt pour la tâche et la gestion de l’énergie (Personality and Individual Differences, 2008). Écrire ses objectifs aide. Cela ne multiplie pas les revenus par dix.

Prenons-nous vraiment 35 000 décisions par jour ?

Rien ne le prouve. Ce chiffre circule depuis une dizaine d’années sans étude fondatrice identifiable. Les auteurs qui le citent renvoient à d’autres auteurs, jamais à une mesure publiée.

Ce qu’on lit : « Nous prenons 35 000 décisions conscientes par jour, d’où la fatigue décisionnelle. »

D’où ça vient : de la littérature de productivité anglo-saxonne, reprise ensuite en français. Le chiffre est parfois rattaché à un ouvrage de vulgarisation en neurosciences, qui ne le contient pas.

Pourquoi c’est faux : aucune méthodologie n’a été publiée, et personne ne définit ce qui compte comme une décision. Cligner des yeux, choisir un mot dans une phrase, tourner à droite. Sans définition, le comptage n’a aucun sens.

Ce qui est vrai à la place : personne ne sait combien de décisions nous prenons par jour. Les rares comptages publiés portent sur un seul domaine, l’alimentation par exemple, et plusieurs d’entre eux ont été fragilisés depuis par des rétractations. La fatigue décisionnelle, elle, reste un objet d’étude sérieux. Elle ne se résume simplement pas à un nombre.

La procrastination, est-ce de la paresse ?

Non. Une personne paresseuse ne veut pas faire. Une personne qui procrastine veut faire, a prévu de faire, et ne démarre pas. Le report s’accompagne de culpabilité et d’anxiété. La paresse, non.

Ce qu’on lit : « La procrastination, au fond, c’est juste de la flemme. »

D’où ça vient : du langage courant, et d’une bonne moitié du corpus francophone que nous avons dépouillé, qui emploie flemme, fainéant et paresse comme des synonymes de procrastination sans jamais interroger le rapprochement.

Pourquoi c’est faux : la définition de référence pose trois critères. Le report est volontaire. L’action était prévue. Et la personne anticipe d’y perdre tout en repoussant quand même. C’est ce troisième critère qui change tout, et il est incompatible avec le désintérêt de la paresse (Piers Steel, 2007).

Ce qui est vrai à la place : Michaël Ferrari, qui accompagne des personnes concernées depuis des années, le résume en une ligne : « elles ne sont pas fainéantes et ne manquent pas de volonté » (Stop à la procrastination, c’est malin, Leduc.s, 2014). La souffrance décrite par les personnes qui procrastinent porte précisément sur cet écart entre ce qu’elles veulent faire et ce qu’elles font.




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Cette confusion coûte cher aux personnes neuroatypiques, qui entendent « paresseuse » pendant des années avant qu’on ne cherche autre chose, du côté de la paralysie exécutive du TDAH par exemple. Le site tdah.io propose un test d’auto-évaluation du TDAH chez l’adulte pour celles et ceux que ce décalage interroge.

Suffit-il de se forcer pour arrêter de procrastiner ?

Non. La recherche va dans l’autre sens. La sévérité envers soi augmente le report au lieu de le réduire, et l’autocompassion fait mieux que la discipline pure.

Ce qu’on lit : « Il suffit de se forcer. C’est une question de volonté, rien d’autre. »

D’où ça vient : du registre guerrier qui domine le contenu francophone sur le sujet. Nous y avons relevé les mots ennemi, artillerie lourde, monstre, fléau, esclave. Un auteur consacre même un chapitre entier à l’injonction de ne jamais se pardonner.

Pourquoi c’est faux : Michael Wohl, Timothy Pychyl et Shannon Bennett ont suivi des étudiants sur deux examens successifs. Celles et ceux qui s’étaient pardonné d’avoir repoussé leurs révisions avant le premier examen ont significativement moins procrastiné avant le second (Personality and Individual Differences, 2010).

Ce qui est vrai à la place : Fuschia Sirois a montré, sur quatre échantillons totalisant plus de 750 personnes, que celles qui procrastinent le plus sont aussi celles qui ont le moins d’autocompassion, et que ce déficit explique une part du stress qu’elles vivent (Self and Identity, 2014).

💡
Astuce : la prochaine fois que vous repoussez quelque chose, essayez de vous parler comme vous parleriez à un ami dans la même situation. Cela paraît naïf. C’est pourtant le seul levier de cette liste qui repose sur une expérimentation.

Travaille-t-on vraiment mieux sous pression ?

Non. On travaille plus vite sous pression, rarement mieux. La seule étude longitudinale disponible montre des notes plus basses, plus de stress et davantage de symptômes physiques chez les personnes qui repoussent.

Ce qu’on lit : « Moi, je travaille mieux sous pression, j’ai besoin de la deadline. »

D’où ça vient : c’est l’excuse la plus fréquemment relevée dans les cahiers d’exercices cliniques, aux côtés de « je n’ai pas le temps » et de « je ne suis pas d’humeur ». Elle a l’avantage de transformer un report subi en méthode assumée.

Pourquoi c’est faux : l’affirmation confond l’excitation ressentie au moment du sprint final et la qualité réelle de ce qui est produit. L’urgence libère de l’adrénaline, ce qui donne une sensation d’efficacité. La sensation n’est pas le résultat.

Ce qui est vrai à la place : Dianne Tice et Roy Baumeister ont suivi des étudiants sur un semestre entier. En début de semestre, celles et ceux qui repoussaient déclaraient moins de stress et moins de symptômes que les autres. En fin de semestre, la courbe s’inversait complètement. Sur l’ensemble de la période : plus de stress, plus de maladies déclarées, et des notes inférieures (Psychological Science, 1997).

En entreprise, cette croyance a un coût collectif que peu d’organisations regardent en face. Nos confrères de L’Optimisme.pro traitent la procrastination au travail sous l’angle de la qualité de vie au travail, parce qu’une équipe qui vit en permanence dans l’urgence finit par confondre pression et performance.

Idées reçues procrastination : quels sont les 10 mythes en un tableau ?

Les dix affirmations, leur origine réelle et ce que dit la recherche à la place.

Ce qu’on lit Origine réelle Ce qui est vrai
L’OMS parle d’une maladie mondiale Ebook francophone sans référence Défaillance d’autorégulation (Steel, 2007)
95 % des gens procrastinent Ellis et Knaus, 1977, étudiants Environ 20 % d’adultes chroniques (Harriott et Ferrari, 1996)
Attention inférieure au poisson rouge Infographie Microsoft Canada, 2015 L’attention dépend de la tâche (BBC, 2017)
Mark Twain et la grenouille Presse américaine, fin des années 1980 Chamfort, Maximes et pensées, 1795
21 jours pour une habitude Maltz, chirurgie esthétique, 1960 66 jours en médiane (Lally, 2010)
3 % d’objectifs écrits, réussite x10 Étude de Yale inexistante Effet réel mais modeste (Gröpel et Steel, 2008)
35 000 décisions par jour Aucune étude fondatrice Chiffre non mesurable en l’état
La procrastination, c’est de la paresse Langage courant Report volontaire malgré la perte anticipée (Steel, 2007)
Il suffit de se forcer Registre guerrier du web français Le pardon réduit le report (Wohl et coll., 2010)
On travaille mieux sous pression Excuse la plus fréquente Plus de stress, notes plus basses (Tice et Baumeister, 1997)

Comment repérer une fausse information sur la procrastination ?

Trois réflexes suffisent à écarter la plupart des affirmations douteuses : chercher la population concernée, chercher l’année, chercher le nom de la revue. Si l’un des trois manque, l’affirmation ne vaut rien.

1
Demandez sur qui porte le chiffre

Étudiants américains, salariés français, patients suivis en thérapie ? La quasi-totalité des chiffres de procrastination portent sur des étudiants nord-américains. Un article qui écrit « les gens » sans préciser a déjà perdu la moitié de sa valeur.

2
Demandez l’année

Une donnée de 1977 sur le rapport au travail garde une valeur historique. Elle ne décrit pas 2026. Quand aucune date n’accompagne un pourcentage, la date a en général été perdue parce qu’elle gênait.

3
Remontez d’un maillon

Cliquez sur le lien. Si la page citée cite elle-même une autre page, recommencez. Les affirmations de cet article se sont toutes effondrées au deuxième ou troisième maillon. Les formules « il a été dit que », « selon une étude » et « des chercheurs ont montré » signalent presque toujours une source absente.




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Ce que change le fait de vérifier

Nous aurions pu écrire un onzième article de conseils sur la procrastination. Le marché en compte déjà des milliers, et ils se ressemblent tous parce qu’ils recopient les mêmes quatre méthodes et les mêmes chiffres inventés.

Vérifier prend du temps et donne un résultat moins spectaculaire. Fini le milliard de dollars perdu chaque jour, fini les 95 % de la population, fini le poisson rouge. À la place, on trouve un phénomène bien documenté depuis les années 1930, qui touche une minorité de gens de façon chronique et beaucoup de gens de façon situationnelle, et qui répond mieux à la douceur qu’à la discipline.

Une information fausse répétée mille fois reste une information fausse. Sur un sujet qui touche autant à la culpabilité, les chiffres inventés font des dégâts réels : ils font croire à des gens qui souffrent qu’ils sont malades, paresseux ou statistiquement condamnés. Aucune de ces trois choses n’est vraie.

Si un point de cet article vous surprend, remontez la source. C’est exactement ce que nous avons fait pour chacune de ces idées reçues procrastination, et c’est ce que nous vous souhaitons de faire avec nos propres affirmations.

Questions fréquentes sur les idées reçues sur la procrastination

Non. La procrastination ne figure ni dans la CIM-11 de l’OMS ni dans le DSM-5-TR. La recherche la décrit comme une défaillance d’autorégulation, un comportement qui se travaille. Elle peut en revanche accompagner un trouble reconnu, comme la dépression ou le trouble déficit de l’attention, et c’est alors le trouble qu’il faut aller regarder.
Le seul ordre de grandeur mesuré sur des adultes tourne autour de 20 % de procrastinateurs chroniques (Harriott et Ferrari, 1996, échantillons américains). Le chiffre de 95 % que l’on croise partout provient d’une enquête de 1977 auprès d’étudiants, en auto-déclaration. Aucune donnée récente ne mesure la procrastination en France.
Environ 66 jours en médiane, selon la seule étude menée en conditions réelles sur ce point (Lally et coll., 2010, University College London). L’étendue observée va de 18 à 254 jours selon la personne et le comportement. Les 21 jours proviennent d’un livre de chirurgie esthétique de 1960 et n’ont jamais concerné les habitudes.
L’image remonte à Nicolas Chamfort, écrivain français, dans ses Maximes et pensées publiées en 1795, où il la prête à M. de Lassay. Il y est question d’avaler un crapaud chaque matin. Mark Twain n’a jamais écrit cette phrase, et Brian Tracy, qui a popularisé l’image, ne la lui attribue pas dans son livre.
La sensation d’efficacité est réelle, le résultat beaucoup moins. Sur un semestre complet, Tice et Baumeister ont observé des notes inférieures, un stress plus élevé et davantage de symptômes physiques chez les étudiants qui repoussaient (Psychological Science, 1997). L’urgence accélère l’exécution, elle ne l’améliore pas.
Quand le report devient permanent, qu’il touche plusieurs domaines de vie à la fois et qu’il entraîne des conséquences concrètes, retards de soins, dettes, tensions relationnelles ou perte de sommeil. Un médecin ou un psychologue saura distinguer une procrastination installée d’une dépression, d’un épuisement ou d’un trouble de l’attention. Cet article informe, il ne remplace pas un avis professionnel.
ℹ️
Qui a écrit cet article : la rédaction de L’Optimisme, média francophone du développement personnel positif depuis neuf ans, dirigé par Catherine Testa, autrice de six ouvrages et conférencière sur l’optimisme, la santé mentale et la neurodiversité. Les 24 documents dépouillés pour cet article l’ont été en juillet 2026, et chaque affirmation retenue a été remontée à sa publication d’origine.


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Sources
  1. Steel, Piers. 2007. The Nature of Procrastination: A Meta-Analytic and Theoretical Review of Quintessential Self-Regulatory Failure. Psychological Bulletin, 133(1), 65-94.
  2. Harriott, Jesse et Ferrari, Joseph R. 1996. Prevalence of procrastination among samples of adults. Psychological Reports, 78(2), 611-616.
  3. Tice, Dianne M. et Baumeister, Roy F. 1997. Longitudinal Study of Procrastination, Performance, Stress, and Health. Psychological Science, 8(6), 454-458.
  4. Lally, Phillippa et coll. 2010. How are habits formed: Modelling habit formation in the real world. European Journal of Social Psychology, 40(6), 998-1009.
  5. Wohl, Michael J. A., Pychyl, Timothy A. et Bennett, Shannon H. 2010. I forgive myself, now I can study: How self-forgiveness for procrastinating can reduce future procrastination. Personality and Individual Differences, 48(7), 803-808.
  6. Sirois, Fuschia M. 2014. Procrastination and Stress: Exploring the Role of Self-compassion. Self and Identity, 13(2), 128-145.
  7. Gröpel, Peter et Steel, Piers. 2008. A mega-trial investigation of goal setting, interest enhancement, and energy on procrastination. Personality and Individual Differences, 45(5), 406-411.
  8. Maybin, Simon. 2017. Busting the attention span myth. BBC News, More or Less.
  9. Tabak, Lawrence. 1996. If Your Goal Is Success, Don’t Consult These Gurus. Fast Company.
  10. Quote Investigator. 2013. Eat a Live Frog Every Morning, and Nothing Worse Will Happen to You the Rest of the Day. quoteinvestigator.com, sur l’origine de la maxime chez Nicolas Chamfort, 1795.
  11. Ferrari, Michaël. 2014. Stop à la procrastination, c’est malin. Leduc.s Éditions.
  12. Ellis, Albert et Knaus, William J. 1977. Overcoming Procrastination. Institute for Rational Living, New York.
À propos de l’auteur
L’équipe de L’Optimisme
L’Optimisme est le premier média francophone du bien-être et de la santé mentale, suivi par plus d’un million de personnes. Notre équipe publie des articles, des tests et des ressources pour aider chacun à aller mieux, avec un optimisme ancré dans le réel.
Directrice de la rédaction
Catherine Testa
Catherine Testa est entrepreneuse, conférencière et autrice de six livres, dont TDAH et alors ? (Michel Lafon, 2024). Elle dirige le média L’Optimisme, qu’elle a fondé en 2016, et intervient en entreprise sur l’optimisme, la santé mentale et le bien-être au travail. Diagnostiquée TDAH à 34 ans, elle aborde ces sujets depuis son propre vécu et depuis la réalité du terrain.
📚 Autrice de six livres
🎤 Conférencière
🌐 catherinetesta.com

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