L’approche inédite d’une anthropologue pour mieux se comprendre

Audrey Chapot

Audrey Chapot est anthropologue, auteure du livre « Tel un roseau souple et ancré dans un monde qui chahute – Guide pratique des 6 Territoires Culturels ». Dans cet article, Audrey Chapot nous livre avec passion sa vision et ses connaissances pour nous aider à mieux nous comprendre et à nous adapter en toutes circonstances. Elle nous présente également les 6 territoires culturels, une grille de lecture du monde pour cheminer à notre manière dans la vie. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis Audrey Chapot, officiellement anthropologue.

Ce qui m’intéresse, c’est de bousculer le prêt-à-penser qui nous englue pour activer notre esprit critique et favoriser la libre-pensée et l’autonomie. J’ai besoin de contribuer à faire bouger les lignes, individuellement et collectivement.

Faire bouger les lignes, c’est aussi aider les gens à « passer des portes » ! Des portes invisibles de situations de transition de vie, pour s’alléger des influences encombrantes, s’affranchir des perturbations récurrentes, identifier les angles morts par exemple. L’enjeu est d’éclairer sa voie intérieure pour permettre à chacun de tracer sa route, à sa manière.

Vous avez écrit un « Guide pratique des 6 Territoires Culturels ». Quelle était votre intention en écrivant ce livre ?

L’intention était de transmettre un protocole simple pour s’adapter en toutes circonstances. Le but n’est pas de s’adapter pour s’adapter, en aucun cas de se conformer à tout prix ; il s’agit de gagner en aisance quelles que soient les contraintes extérieures imposées. Faire que chacun améliore sa « souplesse d’adaptation » personnelle, d’où le sous-titre « souple et ancré dans un monde qui chahute ». Peu importe les vents extérieurs, je suis là, à ma place.

Le lectorat et l’enjeu ont évolué en cours d’écriture. Il s’adressait initialement aux professionnels en situation d’expatriation : comment s’adapter rapidement, s’intégrer sans se renier pour autant ? Et puis, le processus d’écriture a ceci de mystérieux que le livre a imposé une autre dimension. Puisque nous vivons une période tumultueuse, ce guide est destiné à tous !

Et la surprise, l’inattendu, est que le guide révèle le déséquilibre actuel de nos sociétés, en nous fournissant les clés pour changer la donne.

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont ces 6 Territoires Culturels ?  En quoi peuvent-ils nous aider à mieux comprendre qui nous sommes ?

Il s’agit d’une grille de lecture de notre monde, une boussole complète et universelle. Universelle dans le sens où elle ne se fonde sur aucun socle culturel privilégié.

6 Territoires Culturels pour 6 axes de compréhension de nos manières de voir et d’agir dans le monde. Ils fonctionnent par paires :

  • Notre rapport aux autres (1) et notre rapport au contexte (2) nous éclairent sur comment nous nous organisons pour vivre ensemble.
  • Notre rapport à l’espace (3) et au temps (4)nous éclaire sur comment nous habitons le monde.
  • Notre rapport à l’incertitude (5) et au sacré (6) nous éclaire sur comment être « relié au tout », connectés, indépendamment de nos constructions sociales.

J’ai volontairement choisi le parallèle avec la musique, où le diapason sert à accorder un instrument. De la même manière, cette trame propose de nous accorder (ou pas) à notre environnement, de changer d’octave aussi. Les Territoires Culturels agissent comme un diapason qui révèle les résonances et les dissonances entre notre environnement et qui nous sommes, à un moment précis.

Vous dîtes également que deux de ces Territoires Culturels sont ignorés dans notre société. Lesquels ? Pourquoi selon vous ?

Il s’agit des Territoires de l’incertitude et du sacré, à réhabiliter en urgence !

Notre civilisation s’est construite sur l’idée de tout maitriser, de tout planifier, de tout anticiper pour réduire les risques à tout prix. Réduire les risques, c’est rendre prévisible, c’est limiter l’incertitude, c’est empêcher l’inattendu et les surprises. C’est donc éteindre la connexion au vivant, à la dimension sacrée, à ce supplément d’âme qui donne de la saveur à l’existence. Ces Territoires incertitude-sacré ont été étouffés pendant longtemps, au nom d’un modèle qui aujourd’hui agonise.

Ce que je comprends des différentes sociétés ayant existé, c’est qu’ignorer l’un de ces Territoires conduit inévitablement à un déséquilibre global. Je crois que c’est en redonnant leur place à l’incertitude et au sacré que nous pourrons rétablir un équilibre sociétal. C’est d’ailleurs exactement ce que les peuples premiers expriment à leur manière.

« Assainir notre rapport au vivant » vous tient à cœur. Pensez-vous que nous nous sommes éloignés du vivant dans notre société ?

Nous baignons dans le vivant domestiqué où nous nous sommes placés au sommet, en tout puissants. Nous sommes dorénavant éloignés du vivant sauvage, qui sait d’ailleurs nous le rappeler !

Assainir notre rapport au vivant, c’est réduire le trop plein de vivant domestiqué pour laisser la place à du vivant sauvage dans notre quotidien. C’est notamment accepter l’incertitude, alerter sur les risques du transhumanisme ; c’est prendre soin de la biodiversité et réguler nos comportements. C’est aussi cultiver son intérirorité et se réconcilier avec notre nature profonde, à la fois sauvage et domestiquée. Les chemins sont multiples et complémentaires.

Avec le contexte actuel, constatez-vous un tournant, une volonté collective de « retour au vivant » ?

Il n’existe pas de tendance unique ; plusieurs courants divergents coexistent. Ce qui m’importe n’est pas de tirer la couverture d’un côté, mais de prendre de la hauteur et d’aller « du côté du vivant ».

Je constate pour de plus en plus de personnes une quête de sens, un besoin de cohérence, d’aplomb, de simplicité et d’authenticité aussi. Il existe un élan très encourageant à sortir enfin du « rationnel à tout prix » pour redécouvrir d’autres voies, oser vivre et partager ouvertement des expériences et des ressentis subtils par exemple. Le processus d’ouverture et d’élévation des consciences est en cours.

En tant qu’anthropologue, êtes-vous optimiste sur l’avenir de notre civilisation ?

Sur le long terme, je suis optimiste pour l’espèce humaine. Mais je différencie l’avenir de l’espèce humaine et l’avenir de notre civilisation.

Les cultures vont et viennent. L’histoire nous montre que certaines civilisations ont disparu, là où d’autres ont su se transformer. Ce qu’il adviendra de la nôtre dépend de nos choix individuels d’aujourd’hui.

L’être humain est plein de ressources ; il est créateur et capable de se donner les moyens de ses ambitions, aussi sages que farfelues ! Je crois profondément en sa capacité à s’adapter aux contraintes, à réinventer des modes de vie ajustés, pour prendre soin de lui et de son environnement au lieu d’exploiter à outrance.

Pour en savoir plus sur Audrey Chapot

Son site : https://www.audreychapot.com/

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