Est-ce indécent de parler d’optimisme ?

attentats du bataclan

Depuis le début de l’Optimisme, Catherine Testa, la co-fondatrice du projet partage l’histoire du projet et partage l’envers du décor. Ce texte a été écrit 1 semaine après l’attentat de Paris, le 15 novembre 2015.

“Il y a une semaine je rentrais à Paris pour me dédier à loptimisme.com… Il y a 2 jours, les attentats de Paris. Frappée au cœur, des amis présents sur les lieux, comment arriver à faire face ? Comment oser parler d’optimisme ?

Attentat de Paris

Quelques mois que je construis le site à l’abri des regards. Avec plus d’une cinquantaine d’articles rédigés, une bonne dizaine d’interviews en boîte, et quelques dizaines de personnes rencontrées, le site “tourne”, pas encore parfaitement mais il va être temps d’annoncer son ouverture officielle. Je quitte Barcelone pour poser mes bagages à Paris le 11 novembre 2015 afin de mener à bien le projet.

13 novembre 2015. Ce vendredi soir je décidé de travailler sur le site quand ma mère s’inquiète de ma géolocalisation. Curieux… Je découvre alors ce qu’il se passe à 20 minutes de chez moi, dans les lieux que j’ai l’habitude de côtoyer à Paris.

J’allume ma télévision et me voici happée par les témoignages des rescapés, par le fil de l’enquête policière. Le direct de la tragédie.

Un ami publie sur son Facebook le pire statut que j’ai eu à lire :

« Décompte macabre : vous êtes tous là les copains ? »

Je n’arrive pas à m’arrêter de pleurer. Même Facebook me demande si je suis en vie. Un ami bloqué en face du restaurant attaqué nous tient informé en direct sur ce même réseau. Une réalité irréelle.

Je pleure de tristesse mais aussi d’émotions. Des marques d’amitié m’arrivent du monde entier. De mon ex-collègue américaine à des amis vivant à Tahiti ou en Australie. Le monde se réveille progressivement et s’inquiète pour moi, pour nous, les parisiens. Des connaissances oubliées. Dans la tristesse, les relations renaissent.

Happée par BFM, c’est seulement vers 5 heures que je vais enfin me coucher, épuisée d’émotions. Mais aussi inquiète, tous les amis n’ont pas encore répondu à l’appel.

Attentat de Paris : le jour suivant

Le samedi est glaçant. Je refuse de rester à la maison. La seule idée que j’ai est d’aller acheter une plante verte pour faire pousser quelque chose. Comme s’il me fallait prouver que la vie continue.

Les rues sont littéralement vides. Le temps est suspendu. La peur semble avoir vaincue : chacun reste confiné chez soi.

Je passe devant mon ancien lycée “en raison des événements, le lycée est fermé pour une durée indéterminée“. En 30 ans, jamais je n’ai vu un tel mot sur la lourde porte donnant accès à la connaissance.

Je rentre et continue à regarder la télé en boucle. Et moi, que puis-je faire ? Que dois-je faire ? Qu’il est difficile de se sentir impuissant.

Attentat de Paris : quelques jours plus tard

Le retour à la vie réelle est difficile. J’ai du mal à retourner à la vie réelle. J’ai sombré dans une sorte de voyeurisme sur Facebook, lisant les témoignages des proches, les poèmes de parisiens. J’ai pleuré. Beaucoup pleuré.

J’ai la chance de n’avoir aucun proche touché physiquement. Certains étaient sur les lieux des attentats, le choc est émotionnel. Certains ont perdu des proches.

C’est à moi d’avancer. Je le peux. Pour ceux qui ne le peuvent pas.
Ma famille et mes amis me répètent « c’est justement maintenant que les gens ont besoin de voir qu’il se passe aussi de belles choses, continue le projet ».

Mais n’est-ce pas indécent de militer pour l’optimisme ? N’est-ce inhumain de parler de bonheur quand des familles ont perdu des proches ? N’est-ce pas trop tôt ? Dois-je reporter la publication du site à plus tard ?

Faire un choix

J’ai longuement hésité à reporter l’ouverture du site. Mais cela serait laisser la terreur gagner. Non, nous ne nous arrêterons pas de vivre.

C’est certain, le monde ne tourne pas toujours rond, des événements tragiques se sont produits. Mais il faut construire. C’est aussi de notre responsabilité, nous les chanceux.
Demain a besoin d’optimisme pour se construire.

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audrey kazani

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